Materialists
5.6
Materialists

Film de Celine Song (2025)

Voir le film

Materialists surprend par son insaisissable tonalité composée d’un entrelacs de registres différents, alliance du satirique – le film s’inscrit dans le sous-genre de la comédie de mœurs – et du pathétique, du romantique et du polémique, que prend en charge une mise en scène tout à la fois esthétisante et tenue à distance, captant dans de beaux plans que l’on croirait publicitaires le déchirement, l’incompatibilité, l’imprévu pourtant bannis des slogans commerciaux. La réalisatrice Celine Song prolonge l’introspection amorcée dans Past Lives (2023), soit l’écriture d’un protagoniste tiraillé entre deux hommes, chacun polarisant un rapport à la réussite et, par extension, un mode de vie, une conception du monde : John est modeste, conduit la même voiture bruyante et vit toujours dans le même appartement ; Harry, lui, incarne la perfection au masculin au contact duquel les gens et les choses prennent de l’importance.

Le centre de gravité du long métrage réside dans la notion de valeur appliquée à la fois au mariage, suscitant une querelle théorique – peut-on le réduire à une simple transaction entre deux parties ? – qu’entretient Lucy compte tenu de son écartèlement entre un caractère profondément romantique et un emploi mercantile exigeant profit et cynisme, et aux individus tout entiers : qui décide de leur valeur ? Sont-ce les algorithmes qui réduisent le client à une « marchandise qui ne sert à rien », dixit Sophie ? Derrière eux se synthétise une considération matérialiste de l’amour visant à tomber sous le charme non de l’autre mais de l’image idéale que l’on s’en fait, support à la projection de ses désirs. Le profil « coche des cases » et transforme le métier de « matchmakeuse » en docteur Frankenstein contraint de dénicher la perle rare à partir des fragments exigés par les consommateurs ; Harry en est l’allégorie, que redouble John avec un burlesque involontaire : alors que le premier propose de reconduire l’entremetteuse à son domicile, celle-ci rétorque disposer d’un chauffeur qui n’est autre que l’ancien petit-ami devenu entretemps serveur…

Le film réinvente le theatrum mundi en articulant son exercice de cruauté à une écriture tendre et sensible de ses personnages. Une réussite bien interprétée et magnifiquement photographiée.

Fêtons_le_cinéma
7

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2025

Créée

le 23 août 2025

Critique lue 13 fois

Critique lue 13 fois

2

D'autres avis sur Materialists

Materialists

Materialists

8

JorikVesperhaven

2333 critiques

L'amour est une transaction.

Sous ses abords de comédie romantique hollywoodienne avec triangle amoureux, Materialists pourrait sembler prévisible et académique. Mais ce serait oublier que c’est Celine Song à l’écriture et la...

le 23 juin 2025

Materialists

Materialists

7

Electron

852 critiques

(depuis la nuit des temps) C’est la même… chanson ♫

Lucy (Dakota Johnson), une new-yorkaise pur jus, travaille avec succès comme matchmakeuse dans une agence qui recrute des clients haut de gamme. Vu sa réussite, on peut la qualifier de marieuse en...

le 13 juil. 2025

Materialists

Materialists

6

Radiohead

177 critiques

Pâle chimie

Avec un titre comme "Materialists" , on pouvait s’attendre à une comédie romantique acide, élégamment amorale, sur les liaisons dangereuses entre l'amour et l'argent à l’ère Tinder. Hélas, le film...

le 3 juil. 2025

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

3789 critiques

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

le 1 févr. 2023

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

3789 critiques

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

le 19 janv. 2019

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

3789 critiques

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...

le 11 sept. 2019