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le 14 août 2011
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Jusqu'à présent, nous n'avions vécu la fin du monde au cinéma qu'à travers un nombre incalculable de films catastrophe, souvent outrancièrement spectaculaires, presque toujours issus des studios...
Contrairement à beaucoup, je suis loin de trouver Melancholia comme étant l'un des meilleurs films de Lars von Trier, bien qu'il en soit certainement le plus accessible (ça en dit long sur les autres 😃).
Avant toute chose, cela reste un film de LVT, bénéficiant donc des inévitables qualités qu'on connaît à son cinéma : dialogues parfaits, direction d'acteurs inégalée selon moi, et cette manière naturaliste de filmer héritée du Dogme95. En particulier, je trouve que von Trier capte particulièrement bien la dépression de Justine, puis l'anxiété dévorante de Claire. Ces regards dans le vide et cette envie d'échapper à tout, pour l'une ; cette scène superbe où Claire se rassure de voir Melancholia s'éloigner de la Terre, pour l'autre. Tout cela est extrêmement juste.
Cependant, il est assez difficile de voir Melancholia autrement que comme une grosse allégorie, surtout connaissant notre Danois, ce qui malmène le potentiel immersif du film. La ribambelle de personnages de la première partie, tous abjects à leur manière, est amusante (je vénère la scène de Stellan Skarsgård qui brise son assiette à soupe), mais lorsque vient la seconde partie du film, qui se resserre enfin sur les deux sœurs, on se trouve finalement dénué d'intérêt pour leurs péripéties puisqu'elles ne sont que les pions d'une démonstration du réalisateur.
Voici ce que je tire de cette allégorie, appuyée par ce fameux plan, au début du film, qui associe chaque personnage à un astre. Claire, représentée par le Soleil qui éclaire les hommes depuis des millénaires, porte en elle la morale et les traditions rigides d'une société vaine, semblable au chameau de Nietzsche. Le mariage de sa sœur doit être conforme aux attentes, doit suivre son programme heure par heure, et on voit le Dragon du "Tu dois" lui imposer en temps réel ce qu'elle doit croire ou ne pas croire lorsque son époux la rassure en invoquant les "scientifiques sérieux". Justine, représentée par Melancholia qui détruit tout et ne laisse rien derrière, oppose une divine négation au devoir imposé par le Dragon de la société, semblable au lion de Nietzsche. Elle passe tout le film à tirer la gueule, à ne pas entrer dans le jeu des us et coutumes, et donc à refuser de faire société, mais elle ne construit rien derrière. Léo, représenté par la Lune qui ne fait que réfléchir la lumière qu'on lui envoie, est encore jeune, donc influençable, mais porte en lui le potentiel d'incarner l'enfant de Nietzsche. Au départ soumis à la rationalité scientifique de son Soleil de père (car ce dernier est un chameau comme son épouse), la planète Melancholia de Justine finira par obscurcir cette source de lumière et par guider la Lune de Léo vers l'affirmation d'un acte créateur. La construction de la cabane magique est donc une alternative à la tradition et à la science rassurante qui prétend connaître le monde malgré ses limites évidentes, et propose de donner un sens artistique aux choses plutôt qu'une explication rationnelle. Lors de l'impact, Claire panique devant la perte imminente du monde qu'elle croyait invincible, Justine jubile de voir tout ce qu'elle abhorrait être enfin réduit à néant, et Léo ferme les yeux, serein d'avoir pu voir de la beauté dans ses derniers instants.
Mais à cela s'ajoute l'inclination personnelle de Lars von Trier, qui donne à Justine un privilège épistémique, déséquilibrant ainsi son allégorie. Cela nous est montré dans la scène où Justine révèle savoir toute chose (comme le nombre de haricots dans la boîte), et le film nous demande alors de prendre tout ce qu'elle dit pour vérité absolue. La dépression, ou mélancolie, cesse d'être une maladie et devient un état supérieur de lucidité, sanctifiant ainsi l'expérience vécue du réalisateur (grand dépressif) qui nous affirme, lui aussi, détenir la vérité contre la vacuité des gens normaux ("l'humanité est mauvaise" etc. etc.). Le problème, c'est que cette scène entérine l'aspect allégorique des personnages et transforme pour de bon le film en leçon... C'était aussi plus ou moins le cas de son film précédent, Antichrist, mais ce dernier, en plus de bien mieux réussir ses ralentis esthétiques introductifs, bénéficiait d'une mise en scène horrifique saisissante et innovante qui le rendait beaucoup plus intéressant.
Il n'empêche qu'il est assez jouissif de sentir von Trier nous hurler son amour du romantisme dans ses innombrables références artistiques (le prélude de Tristan und Isolde de Wagner, Ophélie de Millais) et dans cette scène iconique où Justine déloge les beaux livres d'œuvres contemporaines pour les remplacer par des tableaux figuratifs classiques. Et c'est vrai qu'il a un talent certain pour nous faire ressentir une admiration craintive face à la nature insurmontable : je ne peux pas regarder cette scène (la meilleure du film selon moi) où le cheval Abraham refuse de traverser le pont et où l'on découvre l'approche de l'astre funeste, portée par les basses sombres de Wagner, sans sentir ce grand frisson me parcourir l'échine.
Créée
le 22 août 2026
Critique lue 14 fois
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