Mes amis oppose au cadre de la sitcom saturé de lumière et de couleurs chaudes des coulisses plongées dans la pénombre morale : le producteur et l’acteur principal subissent les assauts de leur conscience, faisant voler en éclats la coquille protectrice du microcosme dans lequel ils exercent ; le récit prend ainsi la forme d’un jeu de massacre, la tension grandissante dans le corps et l’esprit d’Éric et de Fred accélère et dévoile sans fards l’hypocrisie d’un milieu que Michel Hazanavicius connaît bien. La réalisation se subordonne à l’esthétique de la sitcoms, adopte son goût pour les gros plans et le filmage stéréotypé de situations quotidiennes – par exemple, les trajets en voiture sont captés depuis le rétroviseur – jusqu’à se confondre avec l’objet parodié, ce qui le condamne à pâtir des mêmes défauts que ce dernier qu’une longueur forcément accrue (par rapport à un épisode de série) amplifie. Dépourvu d’une distance critique que trouverons ses œuvres suivantes, le film apparaît, dans sa totalité, plutôt redondant et terne, souffre de l’interprétation outrancière de ses comédiens même si l’outrance s’avère, au sein de la sitcom, une marque de fabrique.