On était sans nouvelles de Hubert Charuel depuis le succès surprise de Petit Paysan il y a huit ans, film qui, d’une certaine manière, initiait un courant fort vivace du cinéma français des régions, dans le quel se sont illustrés récemment Vingt Dieux ou La Pampa. La diagonale du vide reste sont terreau d’inspiration pour Météors, qu’il cosigne avec Claude Le Pape, en suivant le parcours chaotique de deux amis dont le quotidien se résume à l’alcool, les joints et les coups foireux. Un air de Steinbeck et des Souris et des hommes plane sur ce binôme qui rêve de s’exiler à la Réunion tout en végétant dans une inertie sans lendemain.
Le récit commence comme une comédie, avec un vol de chat qui vire à la catastrophe : une sorte de fausse piste assez intelligente, qui se met au diapason de l’euphorie illusoire des comparses, incapables de voir le réel sans le secours des psychotropes. La période d’essai qui succède à ces incartades initiera un nouveau ton, où le rire n’est plus vraiment de la partie. Les comédiens s’en sortent très bien, particulièrement Idir Azougli et Salif Cissé, tandis que Paul Kircher commence déjà, malgré son jeune âge, à faire dans la redite dans sa posture lunaire incapable d’articuler ses phrases.
La mise en scène gagne en ampleur lorsque le duo trouve un emploi dans un site d’enfouissement de déchets nucléaires : l’angoisse sourde qui se dégage des lieux, associé à la toxicité invisible qui y plane génère de belles séquences où l’on s’enfonce progressivement dans les entrailles de la terre. Une manière symbolique de doubler les idéaux naïfs de la jeunesse avec ceux d’un pays, qui pense pouvoir oublier le futur de matières dont on ne sait que faire.
La séparation progressive des amis n’est pas inintéressante, mais n’apporte rien de bien nouveau sur le sujet, et se voit par instant alourdie par des dialogues qui manquent de finesse. La direction prise par le récit, dans son dernier acte, est à la fois audacieuse et discutable.
La disparition de Daniel renouvelle les enjeux et permet une séquence fantasmée assez réussie sur sa possible fusion avec les ténèbres souterraines. Mais le fait de révéler par la suite une autre issue semble presque malhonnête, d’autant que cette mort annoncée constituait le point d’orgue du récit et du parcours de Mickaël. Le final, plus psychologique et résilient, fait alors l’effet d’une concession un peu timorée, et désactive les véritables zones d’ombre d’un film qui ne semble pas savoir sur quel pied sombrer.