Avec Météors, Hubert Charuel et Claude Le Pape mettent en scène trois personnages aussi différents que liés les uns aux autres, confrontés à la létalité d'une vie plus ou moins choisie dans laquelle rêver revient à voler, au risque de se brûler les ailes, et vivre le réel des démunis nous permet de faire bonne figure mais nous enfonce dans les tréfonds d'un désespoir existentiel.
Ce réel, baignant dans une jolie mais froide photographie bleutée, prend en début de film l'apparence de la raison et du bon conseil. Notre héros, incarné par un Paul Kircher nuancé, masque ses questionnements et peines derrière un masque de cool attitude. Il porte un sweat bleu couvrant ses rêves de pêches à la carpe et de voyage à la Réunion. Il écoute les conseils de ceux qui sont là pour le remettre dans le droit chemin, eux-même généralement habillés de bleu.
À l'inverse, Dan son ami, incarné par Idir Azougli, nous entraîne vers du divertissement jaunâtre et chaleureux masquant son incapacité à se sortir de ses propres démons.
"C'est triste. Tu n'as pas de rêve" dit-il à un Tony, troisième larron de la bande et incarné par Salif Cissé, en apparence sage et intégré mais finalement peu chaleureux et prisonnier du regard des autres et de la crainte de perdre son boulot.
Le premier s'inquiète tant pour le deuxième qu'il s'oublie et cède face aux pressions. Le deuxième est trop dépendant du premier. Le troisième est la fausse bonne idée qui se présente aux premiers pour s'en sortir
Ainsi, la camaraderie a ses limites. Aucun d'eux n'est bon pour les autres, ce qui ne les empêche pas de s'aimer, en particulier Dan et Mika.
Dans Météors, on se lance dans une quête de réparation, pour soi ou pour les yeux de la justice. Après l'horizontalité du cadre et des mouvements de caméra baladant nos personnages de gauche à droite de l'écran et un montage au rythme de l'insouciance et des addictions, captant à la fois le signifiant et l'anecdotique, nous passons à la profondeur. Cette profondeur est celle des travellings avant suivant Mika et Dan marchant dos à la caméra vers la dure réparation. On marche vers le gris et on s'enferme dans les longs couloirs sans issue du labyrinthe de la décharge radioactive. La plus belle trouvaille du film se tient là, dans ces lignes fuyantes allant droit vers une profondeur de rien, une profondeur de mort.
Alors que faire : S'accrocher ? Au rêve ? À l'effort concret ?
Les deux nous font crever, en particulier si on a une mauvaise influence les uns sur les autres.
Alors parfois, il vaut mieux se séparer et ne plus vivre ensemble malgré l'affection.
Surtout que le temps nous est compté comme nous le rappelle le morceau "Fissure", composé par Matthieu Gasnier, passage de la bande originale du film au tempo moyen rappelant les battements d'un coeur-horloge qui peut s'arrêter à tout moment.