Il est difficile de ne pas regarder Metropolis comme un film de l'enfance du cinéma. Les bobines endommagées par le temps, les décors en carton pâte, les gestuelles des acteurs de films muets... Et pourtant ! La mise en scène et les décors, évidemment frappants pour un oeil du XXIe siècle, démontrent une ingéniosité folle. Le jeu d'acteur est certes différent des standards actuels, bien plus théâtral, mais la magie opère tant les acteurs sont bons, notamment Brigitte Helm qui incarne à la perfection deux personnages aux antipodes l'un de l'autre. La scène la représentant en femme fatale de Babylone annonciatrice de l'Apocalypse est devenue absolument cultissime tant elle est réussie, tant elle a marqué les esprits. Et si le scénario est trop optimiste, cela n'empêche pas des fulgurances malheureusement encore trop modernes : "Ils veulent inciter les ouvriers à la violence pour pouvoir utiliser contre eux la violence légitime". Metropolis est un monument, non seulement de la science fiction, mais aussi du cinéma tout court, qui restera moderne aussi longtemps que les inégalités régneront dans nos sociétés.