Au vu de sa notoriété, il m’était indispensable de visionner Metropolis, même en tant que néophyte dans l’histoire du cinéma, conscient des nombreuses considérations à prendre en compte pour critiquer un film aussi ancien.
Par où commencer tant l’œuvre de Fritz Lang est incroyable ? Metropolis est le premier film muet de science-fiction réalisé par Lang, et pour son époque, sa portée et ses thèmes sont tout simplement visionnaires.
La ville de Metropolis se divise en deux mondes : la surface, où vivent les riches dans le luxe, et les souterrains, où les ouvriers travaillent comme des robots pour alimenter la ville, dans des conditions déplorables. Le dirigeant John Fredersen, capitaliste égoïste, consacre sa vie au confort de la haute société. L’intrigue suit son fils, qui découvre la vie des ouvriers et tombe amoureux de l’une d’entre elles, déclenchant un plan visant à égaliser les conditions entre les deux classes. Pour contrecarrer cette rébellion, Fredersen demande à un savant de créer un robot à l’image de la jeune femme afin d’endoctriner les ouvriers. Grâce à une narration riche et à la relation amoureuse convaincante, le rythme se crée et le spectateur est plongé dans cet univers oppressant.
Adapté du roman éponyme de Thea von Harbou, Metropolis est l’un des films de science-fiction les plus importants de l’histoire du cinéma. Avec un budget colossal pour l’époque, il ne rencontra pas immédiatement son public, trop en avance pour son temps, et subit des modifications avant d’obtenir le succès qu’il méritait après la Seconde Guerre mondiale.
Lang ne signe pas seulement un film, il impose une idéologie : dépasser les limites que l’on s’impose. Reproduire une ville du futur en 1927, avec des aspects technologiques inconnus, sans ordinateur ni effets spéciaux modernes, relève d’une prouesse incroyable. Son influence est immense, inspirant Kubrick, Lucas, Ridley Scott ou Hitchcock. On retrouve ses traces dans le design de C-3PO (Star Wars), le commissariat de Blade Runner, les ouvriers de The Wall, ou même dans le choix du nom de la ville dans Superman.
Metropolis est également une satire sociale sur le boom industriel et les inégalités de classe au début du XXᵉ siècle, reflet de la crise économique allemande. Sa portée politique et sociale est telle que, curieusement, ce fut le film préféré du Reich Führer.
Les effets spéciaux, en grande partie réalisés grâce à Eugène Schüfftan et à l’usage de maquettes, sont impressionnants. La photographie, en noir et blanc, sublime les visages grâce au maquillage et aux plans ingénieux. Les acteurs, confrontés à l’absence de dialogues, traduisent toute l’émotion par leurs mouvements, et les figurants, nombreux, participent à l’ampleur de l’œuvre.
La bande sonore, bien que muette à l’origine, fut accompagnée de compositions symphoniques sublimes, évoquant les grands compositeurs modernes comme John Williams ou Danny Elfman. Les remasterisations ultérieures ont permis à des compositeurs comme Giorgio Moroder ou le groupe Queen d’apporter leur touche, enrichissant encore l’expérience.
Le film explore de nombreux genres : science-fiction, romantisme, drame social et même scènes d’action, encore rudimentaires pour l’époque mais charmantes aujourd’hui.
En conclusion, Fritz Lang est indéniablement un des plus grands visionnaires du cinéma. Metropolis demeure un chef-d’œuvre culte, grâce à sa direction artistique, sa photographie et sa technique incroyables, sa vision ambitieuse, ses acteurs remarquables et sa critique sociale subtile et intelligente, qui continue de résonner près d’un siècle plus tard.