Michael
5.6
Michael

Film de Antoine Fuqua (2026)

l’insupportable naufrage d’une icône empaillée !

  • Je le craignais, le résultat est là après l'avoir vu ce soir au cinéma. Avec ce biopic sobrement intitulé Michael, Hollywood me ressort sa vieille recette de la biographie lyophilisée, passée au jet haute pression pour n’en laisser dépasser aucune aspérité. Je vois le réalisateur se transformer ici en simple exécutant d’une succession de clips luxueux, sous l’œil on s'en doute très protecteur des ayants droit.
  • ​Je dois reconnaître une chose la performance de l'acteur principal m'a impressionné. La ressemblance physique est troublante, le déhanchement est là, le timbre de voix est calqué au millimètre. Mais c’est bien là que le bât blesse selon moi. J'assiste à une performance de transformiste de haut vol, mais l’âme du King of Pop reste désespérément aux abonnés absents. À force de vouloir mimer la légende, le film oublie de me montrer l'homme derrière le masque.
  • ​Le vrai problème de ce film réside à mes yeux dans son scénario, qui brille par son rapport biaisé à la vérité. Pour moi, le cinéma est l’art de montrer, pas de cacher. Or, ici, je constate qu'on pratique l'art de l’esquive. Les épisodes les plus sombres de la vie du chanteur sont soit survolés, soit présentés sous l'angle d'une victimisation permanente. On me brosse le portrait d'un éternel enfant traqué par un monde méchant, évacuant toute la complexité psychologique d'un être profondément tourmenté.
  • ​Je trouve la réalisation d'Antoine Fuqua, d'ordinaire plus nerveuse, ici étonnamment académique et sans génie, se contentant d'illustrer sagement chaque étape de la carrière de la star sans jamais oser une mise en scène qui me transcende. Quant à la photographie, bien qu'elle soit d'une élégance formelle indéniable, elle participe à ma sensation de malaise. Elle baigne le film dans une lumière dorée et artificielle, transformant chaque scène en un tableau de papier glacé. Cette esthétique trop propre finit par me déshumaniser le récit, rendant l'ensemble aussi lisse qu'une statue de cire.
  • ​Je me sens loin, très loin, de la force d'un véritable portrait d'artiste. C'est pour moi du cinéma « Canada Dry » : ça a la couleur d'un grand film, ça en a le budget, mais je n'y trouve jamais la saveur ni l'audace.

En conclusion

  • Ma note de 3/10 sanctionne un film qui privilégie les bons sentiments et les contrats d'avocats à l'honnêteté artistique. Je n'y vois qu'un monument de marbre : c'est froid, c'est figé, et c'est surtout beaucoup trop poli. Je sors de la salle avec l'impression d'avoir mangé un gâteau magnifique en carton-pâte : c'est très joli pour les photos, mais ça n'a aucun goût à mon sens.
DirtyVal
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le 23 avr. 2026

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