Pour ma part, en termes de réalisation et d'esthétique c'est une claque.
Il y a des plans qui savent jouer sur des mouvements de caméra aussi inhabituels que fluides. Par instant celle-ci est aussi placée de telle sorte à ce que le point de vue ne soit pas à hauteur d'être humain, et il y a un côté aussi beau que dérangeant.
Il en va de même pour le montage. Certains cut sont particulièrement élégants et inattendus, tandis que d'autres semblent (volontairement) légèrement mal calés à 2-3 images près, ce qui contraste.
On notera aussi les plans, longs, avec une lumière très douce et des compositions soignée mais avec un décor mouvant qui dénote. Ça rend le tout aussi apaisant qu'inconfortable. Le film dégage une sorte de beauté incommodante.
Ça se constate aussi dans le son et le choix de certaines valeurs de plans. Certains bruitages sont étouffés ou très faibles et certains événements sont montrés avec de la distance, sur des plans larges. En particulier certaines scènes violentes qui s'en retrouvent accentué par cette forme de sobriété. Ça contribue à leur donner plus d'impact et à les rendre diététiquement cohérents avec le point de vue de la secte, pour qui ces événements sont banalisés. Cela permet aussi de rendre les gros plans plus percutants.
Il y a également une science de la scénographie qui est maîtrisée. Le déplacement des acteurs fait souvent sens et évite des cuts et des plans inutiles. Un exemple typique. Dans un film, habituellement, deux personnes qui sont en désaccord sont montrées dans 2 plans distincts. Généralement il s'agit d'un champ contrechamps, sans amorce (le fait de par exemple voir l'épaule d'un personnage de dos sur le plan de celui qui parle). Cela permet de souligner leur éloignement de pensée malgré leur proximité physique. Et bien dans "Midsommar", deux personnages peuvent débuter dans le même plan. L'un des deux sort du champs mais sera visible dans un miroir placé à côté du 2nd personnage. Il y a un surcadrage dans le plan créé par le miroir qui symboliquement enferme le 1er personnage dans ses pensées et sa position, ce qui marque l'opposition tout en le maintenant dans le même plan que le 2nd personnage. Ce dernier va à son tour le rejoindre pour s'excuser et récupérer le 1er personnage. La caméra le suit et les 2 personnages sont à nouveau réunis dans le même plan. On comprend que le 2nd personnage a peur de perdre le 1er et ne veut pas rester éloigné de lui. Tout ça en 1 seul plan et 1 mouvement de caméra. Ça n'est pas du jamais vu mais c'est ultra réfléchi et brillant. Chaque cut est un choix réfléchi et délibéré. Chaque mouvement de caméra ou placement des acteurs fait sens. Et ça fait du bien à voir !
Niveau écriture et scénario, c'est pareil. On peut probablement pinailler sur quelques trucs mais globalement les personnages sont bien écrits avec des dialogues et des performances qui sonnent juste et sont crédibles. La relation entre Christian et Dani et leur réaction et questionnements ainsi que ceux de leur entourage sont criants de vérité. Notamment Dani qui doit gérer ses propres angoisses et qui a peur de devenir invivable pour son copain au point de finir par le perdre. On sent toutes les questions qui la préoccupent et sa manière de penser me parle particulièrement.
Et sinon, comme évoqué plus tôt, ça parle de croyances traditionnelles et de la dimension sectaire dans laquelle ça bascule. Et j'aime beaucoup ce traitement. Pour une fois on n’est pas dans un film d'horreur où la secte est une justification d'arrière-plan pour expliquer un truc vaguement mystique / fantastique. Ici on est au milieu de la secte. Bien que l'on sache d'avance qu'il y aura un point de bascule, le fait de la présenter dans un 1er temps sur la dimension traditionnelle et culturelle rend les rites presque "amusant". Comme une fête de village. C'en est presque festif et bienveillant. Et même quand ça bascule, les personnages de la secte, eux, restent inchangés. Ce qu'on voit est malsain mais le film ne va pas subitement montrer les adeptes en train de vriller avec des acteurs en surjeux ni même réaliser des plans peu subtils avec longueur focale visant à les défigurer pour accentuer leur folie. Ça reste sobre et c'est ça qui est dérangeant.
Puis ce qui est intéressant c'est qu'on sait pile ce qu'il faut sur cette secte pour comprendre brièvement leur mode de pensée sans pour autant tout saisir. Et c'est le principe des croyances, il y a une part d'abstraction à la logique qui ne choque que les personnes qui n'adhèrent pas à ces pensées.
En tout cas c'est vraiment bien !! Allez impérativement le voir !!
Pour ma part c'est encore mieux que le précédent film d'Ari Aster, "Hérédité", qui était déjà intéressante.