Miroirs n° 3 raconte l'arrivée de Laura, jeune pianiste rescapée d’un accident de voiture où son compagnon a trouvé la mort, dans la maison tenue par Betty, une femme seule. Cette rencontre bouleverse la vie de Betty qui recouvre la raison – qu’elle dira plus tard avoir perdue (pour des causes que le film dévoile progressivement) et qui retrouve son mari Richard et son fils Max. À partir de là se déploie toute une ronde de sentiments et de relations qui transforment chacun·e des protagonistes.
Le film est une fable sur la manière de trouver sa place dans le monde, grâce aux rencontres que l'on peut faire quand on échappe aux projections illusoires et aux miroirs trompeurs des substituts au réel. Il montre comment quatre êtres solitaires, aux destins tragiques, se croisent ou se retrouvent – entre eux mais aussi en chacun d'eux.
Le miroitement des illusions est dans le titre du film, que Petzold emprunte à la Suite pour piano seul de Ravel, Miroirs ; et le numéro renvoie au troisième mouvement de la suite, « Une barque sur l'océan » (qu’on entend dans le film). Il suggère que les personnages naviguent entre les images qu’ils projettent et les vérités qu’ils peinent à affronter et il résonne avec la vision qu'a Laura au début du film : celle d'une barque sur un fleuve, où se tient debout un mystérieux homme en noir – image de la mort ?
La magie de ce film tient pour beaucoup à la figure éblouissante de Barbara Auer, qui incarne Betty avec une intensité retenue, mais aussi au jeu des autres interprètes qui rendent bien la fragilité de Laura (Paula Beer), la mélancolie de Richard (Matthias Brandt), la maladresse de Max (Enno Trebs). La sobriété de la mise en scène laisse les acteurs exploiter les moyens ténus qu’ont les gestes et les regards des personnages pour dévoiler ou cacher ce qu'ils ne saisissent pas nécessairement eux-mêmes.