Miroirs n°3 prend en réparation le cinéma romantique et ses figures blessées : le père et le fils sont des mécaniciens qui passent leur temps à démonter la machine à laver familiale, à dépanner les véhicules que des clients leur confient, à passer sous l’évier pour tenter, à leur façon, de régler la fuite d’eau ; de façon plus intime, la mère et sa fille de substitution vivent aussi pour se réparer l’une l’autre, pour accomplir un deuil réciproque et pourtant antagoniste qui, lorsqu’il devient évident, provoque la fuite de l’une. À l’image du plan inaugural sur l’eau berlinoise d’un côte obscurcie – car située sous le pont – et de l’autre claire, les protagonistes coexistent comme ombres et comme sources lumineuses, et leur drame (romantique, encore) réside dans leur louvoiement entre deux rives contraires : ils sont ce passeur, Charon reconverti en adepte du paddle, éprouvent leur marginalité par un souci de se tenir constamment au-dehors, conçoivent la fiction telle la seule réalité possible. Le film est encadré par un même plan sur un rideau volant au vent, baigné de soleil, voile métaphorique de l’ombre créée, territoire d’existence d’individualités sensibles que scrute la caméra pudique de Christian Petzold.
Pourtant, jamais les lignes de fuite n’auront porté aussi explicitement les traumatismes de chacun et les intensions du cinéaste, subordonnant quelque peu l’aura et le mystère des personnages : la parabole musicale, faisant correspondre la musique intradiégétique et les dissipations de Laura à une perte de l’ouïe et des sens en général, symbole de la mélancolie romantique, est lourdement amenée, similaire en cela à la commande passée par Betty à la fin d’un repas.