Le jour de son anniversaire, la jeune Angelik saute du balcon.

Regard caméra : elle nous met dans la confidence de son suicide. Dès lors, tout le monde croit à un accident. Mais un doute s’installe pour les services sociaux. Et si la famille était à l’origine de la tragédie ?


Le scénario est d’une cruauté froide, presque clinique. Pris au piège dans la cellule familiale, le vide laissé par la mort est aussitôt rempli d’images. Et un paradoxe surgit. Celui du chaos qui tend au cosmos, du cadre dans la crise, de la rigueur débridée. Le cinéaste enferme le deuil dans le carcan de la symétrie, dans l’obsession de l’angle droit. La dualité humaine est mise en scène : le drame creuse l’écart entre notre rôle social et notre vérité intérieure. Un combat du moi et du surmoi.

Entre père strict et homme fragile, mère dévouée et femme endolorie. La famille comme métaphore de l’inconscient, le sang coule au bout des doigts, la destruction s’immisce dans le quotidien.

Et les masques tombent.


Le film est également à prendre dans le contexte de la Grèce debtocratique, étranglée par une dette de 50 milliards. Le pays est alors sous tutelle du FMI et d’un néolibéralisme qui se rêve en héros, imposant des mesures d’austérité absurdes (baisse des salaires des fonctionnaires, réduction des retraites,

coupes budgétaires dans la santé, l’éducation, les services sociaux) et j’en passe. Le rapprochement avec le film est évident : un cadre strict (FMI / père), une société éprouvée (Grèce / famille).

Ce n’est pas qu'une tragédie familiale : c’est l’effondrement d’un système.


Finalement, Avranas dit l’homme, la société et le cinéma d’un même geste.

Et il le dit avec brio.


PS : nique le néolibéralisme

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le 16 août 2025

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