Ce Mission Impossible se veut comme une conclusion, le pinacle de LA série de films d’espionnage qui est loin d’être de niche, s’adressant à un public large, contrairement à un certain James Bond qui attirera, pouvons-nous le dire sans risque, un public plus masculin, visible dans son traitement des personnages féminins. Du côté de Mission Impossible, que l’on abrègera par MI, ce n’est pas bien mieux, mais au moins les femmes sont fortes et ont un développement de personnages (le décès prématuré par balles, ça compte ?). J’ai lu certains confrères comparer cet épisode du “Bilan final” (selon la version québécoise) à Spectre 007, bien qu’il serait plus pertinent de le comparer d’égal à égal avec l’épisode final de son concurrent. En effet, les points communs s’accumulent : un pouvoir maléfique omnipotent, invisible et invincible, une jeune femme amourachée, un héros trop vieux pour ces connery, et un méchant très méchant, vraiment méchant, qui veut utiliser le pouvoir à mauvais escient.

Est-ce que la comparaison est justifiée ? Est-ce que la critique est trop dure ? Bond contre Hunt ? Le MI6 contre MI sucks ?


La technique


La filmographie est belle, et la photographie ne fait pas “truc filmé au fin fond d’un garage”, et heureusement vu le budget de 400 millions. La photographie est belle. On a des images intéressantes. Réalistes. La scène du sous-marin avec les torpilles est impressionnante. La scène de plongée a de quoi réveiller notre thalassophobie. Les bruits sourds mêlés au visuel en CGI nous donnent l’impression de voir le plongeur naviguer à l’aveugle dans un monde de géants, ce qui retranscrit à l’écran la situation géopolitique internationale dans laquelle est plongé Ethan Hunt.


Il y a cependant des choix artistiques discutables. Par exemple, pourquoi avoir fait des flashbacks des anciens films ? C’est grotesque. On a juste envie d’arrêter le film, de le mettre en pause, d’ouvrir YouTube et de revoir la scène en question. Tout le monde sait que dans une salle de cinéma, on ne peut pas ouvrir son téléphone à cause de la lumière.


En parlant de lumière, celle-ci est impressionnante et marquante. On pensera encore à la scène du sous-marin où elle est très bien exploitée pour mettre en valeur les éléments du décor numérique dans les abysses, ce qui fait très jeu vidéo.

Il serait risible de parler de faux raccords pour un blockbuster, mais un spectateur m’a posé une question qui me taraude depuis : comment a-t-il ouvert le silo à torpilles ? Est-ce une intervention divine ?

(mon but est de réussir à ne faire aucune référence aux croyances religieuses de Tom Cruise, cela n’a pas sa place dans une critique cinématographique)


Les scènes en CGI sont réussies. L’avantage est que, bien qu’on nous parle d’explosions au plutonium et de bombes nucléaires à tue-tête, on ne voit réellement qu’une seule explosion, celle de Londres. Sinon, les autres sont glissées en catimini avec un effet : “voilà ce qui va se passer”. On ne voit donc pas les acteurs. Donc on ne peut pas dire que ces explosions-là soient impressionnantes.

On voit (ou pas) le manque de budget lorsque la situation de la bombe au plutonium se répète une deuxième fois mais que l’explosion n’est pas montrée.


L’acting


Là où Tom Cruise brille dans son acting, c’est dans la discussion sans paroles. C’est un élément important de tout Mission Impossible. Le jeu de regards, le langage corporel maîtrisé, juste, ni excessif, ni bateau.


Les scènes de discussion de l'état-major sont justes, calculées et mesurées au millimètre, on y croit. La présidente est dans son rôle, à la fois autoritaire et touchante. De grands acteurs font partie de l’aventure bien que leurs contributions au film soient minimes. On ne peut pas vraiment parler d’acting lorsqu’on parle à voix basse ou regarde un écran, mais il faut de tout pour faire un film.


L’équipe du sous-marin est surtout celle du commandant de bord joué par Tramel Tillman. Ils sont charismatiques et, par des gestes et des mots simples, on croit que ce sont des militaires, ils sont droits, ils sont stricts, ce ne sont pas juste des gus avec des armes. On a l’impression qu’ils sont soudés et c’est cette équipe que l’on veut suivre. Contrairement à l’équipe d’IMF qui semble avoir moins d'interactions et de cohésion. Individuellement, ils sont attachants et justes dans leurs émotions. Sauf pour le dernier personnage qui s’ajoute comme un cheveu sur la soupe et dont l’acting est hasardeux. Il oscille entre tueur froid et gamin qui veut aider à l’accouchement sans trop savoir quoi faire.


Les scènes d’action


La pellicule est quasiment inattaquable dans ses scènes d'action. L’ingéniosité, la simplicité, la sobriété. Le réalisme des scènes qui nous fait sans cesse questionner les techniques de mise en scène. Le making-of fait encore partie du film. Comment ne pas retenir son souffle face à certaines cascades ? La mise en scène est réussie et c’est la première fois où je me suis posé la question du décès d’Ethan Hunt. Allait-il mourir comme James Bond ? Non, l’arrivée d’une suite ou d’un possible spin-off (que je prédis) a amorti sa chute.

Dommage… Il a manqué la cascade de sa vie.

Dans un cinéma qui utilise de plus en plus la CGI et les stuntmen, Tom Cruise fait preuve d’un vrai savoir et d’un savoir-faire. Les scènes ont été durement travaillées en amont.

On est loin du héros invincible. Vraiment ? De mémoire, le seul personnage qui saigne c’est Benji, le coup est montré discrètement d’ailleurs.

Passons les nombreuses fois où Ethan aurait dû mourir d'hypothermie tel Mister Freeze sous la banquise. C’est le seul moment où il est vraiment en difficulté, lorsqu’il imite DiCaprio sous la glace façon Titanic. (Oui, mais en moins bleu.) À deux doigts de devenir James Bond d’ailleurs avec la scène érotique de la cabine de décompression.

Personnellement, si le film s’était déroulé dans l’espace, cela n’aurait rien changé. Il aurait pu survivre à une virée dans le vide stellaire façon Star-Lord que cela aurait eu le même effet. Pourquoi ne pas l’avoir fait ? Peut-être que la vision des réalisateurs s’arrête au ciel de Top Gun: Maverick. (Se retenir de faire une blague sur la religion de Tom Cruise et de son rapport au paradis). D’après le site IMDb.com, Toto compte réaliser un film dans une station spatiale en prise de vue réelle avec le programme de SpaceX. Affaire à suivre…


Le scénario


La comparaison avec Spectre 007 se tient et de nombreuses critiques ont déjà soulevé le point du “i” de “interconnectés". En effet, des flashbacks incessants tentent de créer une mythologie autour de MI depuis ses débuts, en justifiant chaque choix scénaristique, nous dévoilant un personnage mi-héros, mi-vilain.


Le premier MI a eu au moins l’audace de tuer son équipe, de proposer des traîtres. Le 4e épisode est le meilleur jamais réalisé et jamais joué, et le restera à tout jamais. Ghost Protocol avait une histoire sans scénario. Malgré ça, elle restait crédible : le risque de 3e guerre mondiale sous-jacent planait. Mais pour Final Reckoning, cela aurait pu fonctionner si seulement le spectateur n’était pas martelé par les mots “World War” jusqu’à la fin de la séance. De toute façon, le réchauffement climatique est un mythe et je vois mal Tomtom y remédier.

Il n’y a pas d’histoire. Le scénario doit simplement respecter le cahier des charges à peu près fonctionnel, c’est-à-dire, fermer les boucles de scénario ouvertes dans le précédent volet, et glorifier la série des MI à commencer par le 1er.


Pour conclure cette partie écriture, on a l’impression que “tout est écrit” par une IA générative. Une sorte de ChatGPT boosté aux hormones algorithmiques, mais daté et codé sous Python 3. Ce qui nous fait dire que “rien n’est écrit par un humain”.

(Vaillant est le critique s’abstenant de faire toute allusion sur les croyances de Tom Cruise)


Parlons coupe de cheveux : je préférais celle de l’épisode précédent qui faisait retour aux sources. Celle-ci fait retour aux sources plus récentes. On a l’impression qu’il y a des années entre les deux épisodes alors qu’il pourrait très bien y avoir une semaine, scénaristiquement cela ne changerait rien.


Impression générale


Vous pouvez passer cette partie qui ne reflète que mon avis subjectif et mon visionnage.


J’ai passé un bon moment, en excluant la qualité hasardeuse du scénario. Je n’ai pas trouvé le temps long, il y a des films dont l’histoire mieux ficelée trahit une mise en scène décousue. Mais pour être honnête, la scène d’exposition avec la secte de l’Entité, nous expliquant que la France fait partie des “faibles” possesseurs d’armes nucléaires, on aurait pu franchement s’en passer si ce n’est pas amené à être utilisé. On peut tout de même remercier le film de nous rappeler la liste des pays possédant l’arme nucléaire, et seulement ces pays-là, ce qui nous change des films de propagande militaire américaine. Cependant, plus rien ne me surprend depuis Civil War d’Alex Garland.

Les répliques sont amusantes. “Je préfère te voir sur terre qu’en dessous” ou quelque chose du genre. Après ça, ils ont tué le mauvais goût dans les dialogues. Façon gentil qui pourrait basculer et devenir méchant. Ce qui est intéressant, c’est que le personnage d’Ethan reste moralement gris. Il ne souhaite pas donner le pouvoir de l’Entité à une seule personne.

Finalement, assez cyniquement, je dirais que ce film est réalisé par des bourgeois, avec des acteurs bourgeois, qui conclut sur une moralité de bourgeois, de moins en moins acclamée par une classe populaire qui commence à réaliser que les masques sont en train de tomber et ne se laisse plus séduire par des délires de milliardaires nombrilistes et fin-du-mondistes (je dois résister à la tentation de faire référence à la scientologie). J’en veux pour preuve le box-office. Le film a mal marché contrairement à un Spectre 007 ou un No Time to Die qui se paye même une introduction de Billie Eilish. 792 M$ contre 571 pour Spectre et Dead Reckoning, 774 M$ contre 567 pour No Time to Die et Final Reckoning.


Le film se voulait comme une “fin” à la saga puis nous tease une éventuelle suite. Je ne vois pas de points d'accroche pour une suite. Qu’y aurait-il de plus grand à sauver que le monde ? L’industrie du cinéma mondiale avec le saint Maverick ? Nos âmes déchues peut-être ? (J’ai échoué lamentablement)


Conclusion


Pour finir, James Bond, c’est un héros solitaire qui, dans son dernier volet, sort de sa zone de confort pour faire équipe. Mission Impossible, c’est une équipe soudée qui, dans son dernier volet, exhibe un héros éclipsant la gloire de l’équipe à son profit. Il est le seul à être sous le feu des projecteurs, il est le seul à avoir la flamme dans un monde qui se glace. Ce que je m’apprête à dire n’est que mon interprétation : je pense que le scénario, et le script de manière générale, reflètent la personnalité du réalisateur et de l’équipe de production. Le culte de la personnalité est peut-être allé un poil trop loin cette fois-ci.


Voilà la preuve d’une parcelle d’humilité dans un monde cinématographique égocentrique : https://www.youtube.com/watch?v=wm2LQO_jIm4

J'attendrai avec impatience la même preuve de la part de Tom CROUS.


Lien vers l’article IMDb : https://www.imdb.com/fr/video/vi3941450265/?playlistId=tt15073568


Je vous laisse, j’ai un biplan à prendre.

yanaitag
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le 24 juin 2025

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yanaitag

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