Muriel a vingt-trois ans. Sans emploi, elle vit encore chez ses parents, enfermée dans une existence étriquée qui ne lui laisse guère d’échappatoire. Ronde, maladroite, elle est la risée de celles qu’elle croit être ses amies, leur bouc émissaire silencieux. À la maison, son père n’est pas plus indulgent : ses paroles sèches achèvent de miner une confiance déjà fragile. Pourtant, Muriel rêve. Elle rêve du prince charmant, d’une robe blanche, d’un amour absolu qui la sauverait de sa grisaille quotidienne.
Un jour, son père lui tend un chèque en blanc, censé l’aider à trouver du travail. Muriel choisit une autre voie : elle s’offre des vacances paradisiaques, un acte de fuite autant que d’émancipation. Là-bas, elle rencontre une amie inattendue, une âme sœur avec laquelle elle partage une passion commune : la musique d’Abba, bande-son de ses illusions et de ses espoirs.
Au début des années 1990, le cinéma australien connaît un retour en grâce grâce à une série de comédies singulières et audacieuses. On se souvient de Priscilla, folle du désert ou de Ballroom Dancing. Muriel s’inscrit pleinement dans cette vague, en imposant une voix à la fois douce-amère et profondément humaine.
Le film est une merveille d’écriture. Il oscille avec justesse entre humour et émotion, à l’image de son héroïne : drôle, maladroite, mais bouleversante de sincérité. Muriel prend vie sous les traits de Toni Collette, dans un rôle qui révèle une actrice d’une sensibilité rare, à fleur de peau, devenue depuis une figure incontournable du cinéma hollywoodien.
Écrit et réalisé par PJ Hogan, le film porte la marque d’un cinéaste au ton affirmé, au regard tendre et lucide. Muriel fait partie de ces œuvres qui réconfortent. Malgré la noirceur de certaines épreuves, le film s’achève sur une note lumineuse : celle de la liberté retrouvée, chantée à pleins poumons sur un air d’Abba, aux côtés de Muriel.