Annabelle Wallis joue dans le film. Le reste on s'en fout.

Encore un. Un de plus. Un type aux biceps de béton, ancien des forces spéciales reconverti en garde du corps, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, coincé sur un porte-conteneurs en haute mer face à une bande de mercenaires interchangeables. Jason Statham enfile l’une de ces variations qu’il maîtrise depuis des lustres, Jean-François Richet s’y colle après Mayday, et hop, on embarque pour quatre-vingt-quinze minutes de déjà-vu flottant. Le scénario de Lindsay Michel et J.P. Davis déroule son fil sans une once de surprise : Cole Reed monte à bord, tombe sur des migrants entassés dans des conteneurs, et se lance dans une purge méthodique. On connaît la chanson, on pourrait la siffler avant même le générique.


La mise en scène de Richet reste précise, les plans d’action clairs, les déplacements dans les coursives et les cales efficaces. Il y a du sang, des coups sourds, une économie de mouvements qui rappelle que le réalisateur sait cadrer la violence sans l’alourdir. Mais l’ensemble finit par tourner en rond dans ce huis clos maritime, chaque affrontement un peu plus prévisible que le précédent, chaque retournement un peu plus usé. On sent la fatigue du genre, cette façon de recycler le même héros stoïque face aux mêmes salauds.


Sauf qu’au fond on s’en fout, parce qu’Annabelle Wallis est dans le film et qu’elle est divinement belle.


Elle incarne Angie, l’officier un peu tiraillée, et dès qu’elle apparaît le cargo prend une autre lumière. Son visage, sa silhouette, cette présence qui coupe court à toute objection, rendent le reste presque accessoire. On peut bien trouver le traitement du trafic humain cynique et grossier, la façon dont les migrants servent surtout de prétexte à la vengeance de Reed. On peut bien noter que Roland Møller en capitaine méchant manque de relief et que les dialogues restent d’une platitude armée. Au fond on s’en fout, parce qu’Annabelle Wallis est là, et qu’elle est divinement belle.


Statham fait du Statham, fidèle à lui-même, le crâne luisant, la mâchoire serrée, le corps qui enchaîne les impacts avec une fiabilité de mécanique. Richet le filme sans fioriture, avec respect pour cette machine à frapper. Pourtant le rythme s’essouffle, les minutes finissent par peser, et l’on se surprend à attendre la prochaine apparition de Wallis comme on attend un phare dans le brouillard. Même quand le film s’enfonce dans sa propre routine, même quand la conspiration internationale se révèle aussi mince qu’un carton de conteneur, on s’en fout. Annabelle Wallis est dans le plan, et elle est divinement belle.


À la fin Mutiny n’est guère plus qu’un exercice de style usé, un film d’action qui croit encore que le huis clos maritime suffira à masquer le manque d’invention. Mais on sort en se souvenant surtout d’elle, de cette évidence pure qui traverse l’écran et rend le reste négligeable. Le bateau peut bien couler sous le poids de ses clichés, elle reste debout sur le pont, et c’est tout ce qui compte.

Kelemvor
3
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs films avec Jason Statham et Les meilleurs films de 2026

Créée

le 19 août 2026

Critique lue 542 fois

Mutiny

Mutiny

6

Behind_the_Mask

le 23 sept. 2026

Suivre

Jason Statham : Un sacré piège en haute mer

Drôle de trajectoire que celle empruntée par Jean-François Richet.Louvoyant entre la France et les Etats-Unis. Entre les projets au format maousse, à l'image de son diptyque consacré à Mesrine,...

Mutiny

Mutiny

7

AurélienBoucher

le 23 août 2026

Suivre

Critique de Mutiny par Aurélien Boucher

Après que son patron industriel milliardaire ait été assassiné sous ses yeux, Cole Reed est désigné pour endosser le crime, ce qui le met en fuite alors qu'il s'efforce de découvrir une conspiration...

Mutiny

Mutiny

4

MonsieurNuss

le 22 août 2026

Suivre

Coq en stock

Hilarant ! Vous finissez le visionnage de Mutiny, et le premier nom qui surgit au lancement du générique de cette bouillasse bien américaine c'est, cocorico, JEAN-FRANÇOIS RICHET. Encore plus...

A Knight of the Seven Kingdoms

A Knight of the Seven Kingdoms

1

Kelemvor

le 20 janv. 2026

Suivre

Critique incritiquable de la première saison après un épisode

Il y a, dans A Knight of the Seven Kingdoms, quelque chose de délicatement ancien, presque précieux. Une respiration plus lente, un goût pour l’ellipse, une narration qui refuse l’hystérie et choisit...

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

4

Kelemvor

le 25 mars 2016

Suivre

Que quelqu'un égorge David S. Goyer svp, pour le bien-être des futures adaptations DC Comics !

Qu'on se le dise, Man of Steel était une vraie purge. L'enfant gibbeux et perclus du blockbuster hollywoodien des années 2000 qui sacrifie l'inventivité, la narrativité et la verve épique sur l'autel...

Michael

Michael

4

Kelemvor

le 22 avr. 2026

Suivre

Man in the Mirror... sans reflet

Michael Jackson n’a jamais été un simple chanteur. Il a déplacé les lignes de la pop jusqu’à en redessiner la cartographie entière, hybridant le rhythm and blues, le funk et la variété mondiale dans...