En 2023, France TV a sorti un documentaire inédit intitulé A feu et à sang, des volontaires français sur le front de l'Est. Inédit parce que le sujet est rarement traité à la télévision, mais aussi et surtout parce que c'est un témoignage filmé qui nous est dévoilé : celui d'un jeune homme s'étant engagé à l'époque dans la Légion des Volontaires Français (LVF). En effet, l'homme en question, en plus d'avoir tout raconté dans un cahier intime, filmait régulièrement ce qu'il vivait sur le front de l'Est, avec une petite caméra.
J'ai eu la chance de découvrir sur Arte Natural Light peu après le visionnage du documentaire. Une chance parce que les deux œuvres parlent de la même chose, dans un contexte similaire, avec des personnages se ressemblant beaucoup.
Je m'explique :
Dans le documentaire, c'est un français engagé dans la LVF aux cotés de l'armée allemande. Dans le film de fiction, c'est un hongrois engagé dans l'armée de son pays aux côtés de l'armée allemande.
Dans le documentaire, le français filme régulièrement, prend des photos pour les copains. Dans la fiction, le hongrois fait parfois office de photographe.
Dans le documentaire et dans la fiction, c'est la vie des soldats sur le front qui est montrée, non pas à travers des batailles rangées, mais plutôt par la lutte contre les résistants locaux. Ainsi, on nous montre dans les deux cas la tension avec les populations, la traque des partisans, les pillages et bien malheureusement les massacres.
Voir le documentaire avant m'a permis de constater le réalisme de Natural Light, qui décrit vraiment très bien la délicate mission des troupes stationnées dans les villages russes. Le film choisit de nous faire ressentir toute la tristesse de cette vie en Russie occupée, bien loin de l’héroïsme que l'on s'imagine des soldats sur le front. Les ennemis sont quasiment invisibles, on ne sait pas quoi faire avec les populations locales, suspectées d'aider les résistants, et les soldats passent leur temps à patrouiller et faire des corvées.
Le spectateur s'identifie tout de suite au personnage principal, détaché des événements, qui porte un œil critique sur sa propre armée, ses camarades, sans avoir besoin de le dire à chaque dialogue. Son visage parle de lui-même. C'est un homme taiseux, replié sur lui-même, peu souriant, qui n'a pas l'air d'avoir de vrais amis dans sa section. C'est d'ailleurs peut-être cet aspect que l'on peut considérer comme critiquable : nous faire suivre un homme compatissant avec les populations occupées, qui ne commet à l'écran pas de crime, est une facilité de la part du cinéaste. Nous constatons avec le personnage toute la violence de la guerre, mais nous ne comprendrons pas comment certains hommes en viennent à commettre des violences sur des civils en temps de guerre. Nous voyons, et c'est tout.
Cette violence atteint son paroxysme dans l'incendie d'une ferme avec des familles dedans, qui rappelle la scène terrible de Requiem pour un massacre. Cependant, si les deux films montrent un massacre similaire, ils ne le font pas de la même manière. Elem Klimov poussait à son paroxysme la violence du geste, avec des soldats rieurs, sadiques, des cris, le tout dans une scène longue, alors que Dénes Nagy choisit de faire court, avec uniquement la vision de la maison en flammes, sans s'attarder sur le sadisme des soldats. Natural Light reste fidèle, quelques soient les moments, à une mise en scène sobre, dans un teint grisâtre et des paysages d'automne froids. On est loin du chef-d’œuvre mais l'expérience n'est pas oubliable.