Nickelodeon narre le récit d'un avocat du New Jersey qui, dans les années 1910, se voit catapulté scénariste puis réalisateur dans un endroit perdu du désert californien pour y tourner un western. Comme on le comprend avec Bogdanovich, ce dernier a toujours un pied dans les années 70 et l'autre dans l'âge d'or du cinéma américain. Ce film lui permet de réaliser un hommage aux pionniers du cinéma muet en filmant une joyeuse parade composée d'acteurs et de techniciens qui se constituent pour traverser, avec candeur et enthousiasme, l'ère pionnière du cinéma américain, mais aussi pour en voir la fin.
Bogdanovich filme avec ferveur ce temps de l'innocence, une époque où des amateurs inventent au jour le jour le cinéma, son langage, ses codes et ses trucages. Pour le personnage joué par Ryan O'Neal, c'est la découverte d'un art primaire qu'il expérimente dans l'Ouest américain, alors qu'il est un homme de l'Est : en somme, la trajectoire pure d'un pionnier, celle d'un homme venu d'ailleurs pour découvrir et apprendre dans un lieu primitif. Bogdanovich porte une profonde tendresse au sujet, comme le montre son affection à travers des échos détaillés au cinéma classique américain. C'est pourquoi le film assume son côté pastiche en allant à fond dans son rapport avec ces petits films de slapstick que l'on diffusait pour un nickel devant un public hilare. Le cinéaste décrit une époque où l'on ne se préoccupait pas de mettre son nom au générique des films. Cela entre en adéquation avec l'auteur lui-même qui, après plusieurs échecs, veut retrouver le confort des studios, celui où l'on était un artisan aguerri, conscient et capable de s'effacer derrière la caméra. Le film est donc, dans sa première partie, de l'ordre de la pulsation du rêve et de l'image d'Épinal d'une innocence et de l'enfance.
Mais ensuite, l'œuvre se conclut en 1915, date de la sortie de Naissance d'une nation. C'est donc le début du grand cinéma, vu comme un art à part entière, et donc la fin de l'innocence du cinéma des premiers temps, dont le long-métrage de Griffith signe l'arrêt et la disparition. Le pastiche et l'amusement deviennent alors des souvenirs de quelqu'un qui a aimé le cinéma dans ce qu'il avait de plus primaire et candide, le divertissement populaire en fin de compte. Toute la première partie, qui semblait se dérouler au présent, donne par la suite l'impression d'un souvenir élégiaque et mélancolique, une innocence déjà perdue, devenant également le passage symbolique à l'âge adulte d'une bande qui faisait du cinéma naïvement et qui était (re)composée comme une famille solidaire avant que les problèmes adultes n'entravent les relations. Nickelodeon est par conséquent une véritable élégie qui démontre l'importance du rapport au temps qui passe chez Bogdanovich.