Lou Bloom est un voleur minable de Los Angeles.Un soir,il s'arrête sur le lieu d'un accident de voiture et voit débouler un van de reporters free lance.Immédiatement fasciné par ce boulot,il achète du matériel et se met à son tour à écumer les nuits de la Cité des Anges en se branchant sur les fréquences de la police afin de repérer les faits-divers sanglants,sur lesquels il se précipite afin de saisir des images chocs et de les vendre à des chaînes d'infos locales.Sans scrupule,sans éthique,sans morale,il va vite devenir une pointure du milieu."Night call" est le premier des trois films écrits et réalisés par le scénariste Dan Gilroy,et c'est un essai assez concluant.Il a travaillé en famille puisque son frère jumeau John Gilroy assure le montage pendant que son autre frangin Tony Gilroy,lui aussi réalisateur et scénariste,produit le film alors que Rene Russo,son épouse,tient le rôle féminin principal.Nous voici donc,sur de belles images nocturnes de L.A. et une musique puissante de James Newton Howard,entraînés à toute allure à travers les rues de la ville,à la suite d'un psychopathe ultra-déterminé.Parce que le mec,joué par un Jake Gyllenhaal également coproducteur du film,est un taré de première division.Le type,pur produit du capitalisme post-moderne,n'a guère d'intelligence mais il a ingurgité à haute dose devant sa télé et internet toutes les leçons managériales sur la réussite entrepreneuriale,qu'il récite à volonté en débitant à la chaîne les éléments de langage de la doxa à la mode.C'est un fou,ça se voit dès la scène d'ouverture dans le regard halluciné et flippant d'un Jake extraordinaire,mais ça marche pour lui car il est armé d'un aplomb cynique insensé,d'un bagout pire que Jéjé et d'une volonté inébranlable.Les gens se méfient de lui,le craignent un peu,mais comme il leur donne ce qu'ils veulent dans cette société dopée au fric et au spectacle,on le laisse faire en faisant mine d'ignorer sa dinguerie et ses méthodes pour le moins douteuses.Parce que le guignol ne recule devant rien pour avoir des images vendeuses.Et vas-y qu'on grille tous les feux pour arriver plus vite,qu'on roule comme un cinglé en doublant n'importe comment,qu'on franchit les cordons de police et qu'on gêne les secouristes pour shooter les morts et les blessés au plus près.Happé dans cette spirale de la course au scoop exclusif,il n'aura aucune limite,allant jusqu'à pénétrer illégalement dans des maisons,à déplacer des cadavres pour avoir de meilleurs angles de caméra,à faire du chantage sexuel à la patronne de la chaîne qui l'emploie en la menaçant d'aller vendre sa came ailleurs,à saboter le véhicule de la concurrence,pour in fine provoquer sciemment un massacre en lançant la police aux trousses de criminels qu'il a identifiés.Bloom est une franche ordure,mais ce gars lobotomisé se voit plutôt comme un chef d'entreprise avisé qui fait simplement ce qu'il faut pour que sa boîte prospère,un bon petit soldat du turbo-capitalisme décomplexé.Ceci dit il n'a pas tout-à-fait tort,car sa réussite ne tient qu'à la soif du public pour le trash médiatique,finalement les spectateurs sont les complices inconscients de ce genre de dérives.Pas d'audimat,pas de Bloom.Après le mec est un nuisible qui aurait assurément trouvé l'occasion d'exercer ses talents dans un autre domaine s'il ne s'était pas consacré au reportage,on le voit du reste au début du film se livrer sans états d'âmes à la délinquance.Mais au-delà de ce cas personnel extrême,c'est tout le système médiatique soutenu par un public de charognards qui est mis en cause ici.Et Gilroy aura le bon goût de pousser le cynisme au maximum,le "héros" étant in fine récompensé de ses louables efforts.On peut en revanche regretter un certain minimalisme dans la mise en scène,notamment dans les séquences de reportages où Lou ne semble avoir qu'un seul concurrent,à savoir celui qui lui avait donné envie de l'imiter au début du film,alors qu'en réalité des dizaines d'équipes se pressent sur ce type d'évènements.Curieusement,un film est sorti en 98 sur ce même thème,c'était "Stringer" avec......Elie Semoun et Burt Reynolds!Mais c'était très mauvais,pas du tout le niveau de "Night call".Gyllenhaal signe encore une performance majeure,comme d'habitude serait-on tenté de dire tant il s'impose comme le plus grand acteur contemporain avec Joaquin Phoenix.Les autres ont peu de place pour exister mais se montrent efficaces,qu'il s'agisse de Rene Russo en patronne de l'info vieillissante et maraboutée par sa dépendance aux turpitudes de son fournisseur d'images dingo,de Riz Ahmed en assistant honteusement exploité ou de Bill Paxton en rival qui croit pouvoir manipuler Bloom mais ne sait pas à quel monstre il a affaire.