Night Call est un film surprenant, au scénario assez original mais qui a réussi à me mettre à fond dedans. On y suit Lou Bloom joué par Gyllenhaal, un reporter indépendant qui vend ses images "chocs" pour la télévision. C'est le scénario brut qu'on nous sert assez rapidement et ma première question fut : "Mais comment un scénario potentiellement si répétitif peut tenir 2h ?", c'est pour cette raison que j'ai autant apprécié, et pour comprendre comment l'histoire tient aussi bien il faut revenir sur les points principaux du film.
Ici nous sommes à Los Angeles, mais loin du L.A de Hollywood et compagnie, ici c'est plutôt le L.A de Grand Theft Auto V où l'insécurité et le crime sont de coutume (et d'ailleurs si vous avez longtemps joué au jeu comme moi les décors du films vont vous paraître extrêmement familiers).
Mais ce qui construit 90% du film c'est l'importance et le génie du personnage de Bloom, car la majorité du long métrage tient grâce à notre protagoniste principal ; pas que les autres acteurs soient mauvais mais il y'a juste un écart "abyssal" dans les performances (ce qui est sans doute un choix scénaristique). Il est d'ailleurs très difficile à cerner, il est antipathique, manipulateur, il semble détester les humains mais ce qui le rend aussi terrifiant c'est qu'on ne sait rien de lui. Là où la majorité des spectateurs ont habituellement tendance à se rassurer quant à l'origine de la part d'ombre d'un personnage, dans ce film on ne nous le justifie pas, ce qui permet de vraiment se rendre compte à quel point il est ignoble. Avide d'argent et possédant des compétences d'orateurs tout droit sortis d'une formation sur le "développement personnel", Lou Bloom passe du "reporter frisson" prêt à filmer l'horreur pour empocher un chèque, au véritable réalisateur de "Snuff Movie" grandeur nature capable de mettre en scène et de provoquer des drames dans le seul but de les "filmer".
J'y ai trouvé un parallèle plutôt intéressant avec Patrick Bateman d'American Psycho, mais seulement sur un point précis : le narcissisme. Lou Bloom est seul chez lui, et dans la majorité des scènes où il est à son domicile il repasse des chemises, regarde la télé en rigolant très fort (avec un rire forcé assez étrange, comme si tout le monde le regardait). On ne sait pas vraiment au final si il désire de l'argent ou la popularité (ou les deux).
Et c'est d'ailleurs son évolution qui fait une sorte de montée en puissance dans ce film (que ce soit au niveau de son équipement ou de son caractère), Bloom est le même depuis le départ mais au fur et à mesure du récit il prend en confiance, il se permet de donner des ordres et de faire du chantage abusif. Cette même montée crescendo qui se ressent dans ses expéditions nocturnes : filmant le simple accident au départ pour finir par mettre en scène une fusillade. La dimension physique du personnage est aussi très spécial, avec son visage terrifiant et dépourvu d'empathie, on se croirait presque dans un film d'horreur.
Et pour finir en apothéose : la fin est "sans morale", le mauvais s'en sort sans problème, sans aucun remords ni remises en question, et tout semble lui donner raison.
Au final j'ai adoré ce film, bien sympathique à regarder, j'y ai vu un Gyllenhaal absolument magistral dans un rôle assez particulier (peut-être l'un de ses meilleurs de mon avis). Le film est très sombre mais à la fois très proche de la réalité, c'est ce qui le rend si "original".