La Nouvelle Vague, pour les Nuls (et ce n'est pas un défaut). Nouvelle Vague est autant un vibrant hommage qu'une caricature grossissante et (très) amusante, résolument fun avec un sujet "sacro-saint" (pour le cinéphile élitiste), avec l'envie de vulgariser ce courant ciné porté entre autres par Godard et Truffaut (le trauma de tout étudiant de ciné, un sujet que les vieux critiques à la naphtaline n'aiment pas qu'on touche, et globalement une révolution artistique qui touche peu le quidam qui paye son ticket une fois par an, autant dire : le public-cible est assez réduit, alors faites-lui du bruit, et soyez curieux). Voici donc une très chouette comédie qui assume d'être gentiment bébête dans son style : le générique a été chercher la reprise de Three Cool Cats revu et corrigé par Richard Anthony en "Nouuuuveeeelle Vaaague" (non seulement ça nous a fait marrer, mais maintenant on l'écoute en boucle), dès qu'un nouveau (non pas "vague") personnage apparaît, on vous colle son nom à l'écran (adieu les noms de nos salles de fac de ciné qui n'avaient pas de visage, maintenant, on visualise) pour plus de facilité à suivre, et d'une manière globale, tout le monde surjoue. Alors oui, il faut s'y habituer : au début, on a cru que Guillaume Marbeck avait un problème d'élocution dans la vraie vie, puis on a vu les autres acteurs en faire des caisses aussi, alors on a saisi le concept, c'est une douce caricature pour nous faire mieux retenir les personnages, et surtout s'amuser du grossissement de traits. Les notes d'humour sont très bien amenées (la dispute pour une simple tasse à café, le flic qui croit qu'il y a eu un accident et gâche le plan...), la BO se régale de vieux tubes "pas super intellos" (on entend débouler "Les Scoubidous", on n'en croit pas ses oreilles) pour notre plus grand plaisir, et même s'il aime à faire l'idiot, ce film est très loin de l'être en réalité. Il nous fait palper sincèrement ce qu'était la Nouvelle Vague, ses enjeux, les films différents qui y ont contribué, son envie de casser le "cinéma de Papa" par ses prises de vue moins narratives et plus réalistes, ses acteurs fétiches (Belmondo et Jean Seberg, ici), les sautes d'humeur folles et déjantées de Godard (autant on est "Team Truffaut" - on vient de faire siffler les oreilles de nos profs -, autant cette version-là de Godard jouée par un Marbeck en roue libre, on en redemande), et toute l'importance de A Bout de Souffle dans le paysage filmique d'époque. On regrette bien de n'avoir pas eu ce film à regarder en classe, ç'aurait été moins pointu, mais drôlement plus intéressant. Il faut se mouiller la nuque quant à l'interprétation poussive (on a eu du mal, au début), mais une fois que l'on rentre dans le bain de cette comédie décomplexée et (faussement) bébête sur la Nouvelle Vague, elle est vraiment bonne.