Au XIXème siècle quelque part dans la campagne estonienne, un village est prêt à tout pour survivre. La magie fait partie de leur quotidien et les habitants sans foi ni loi n’hésitent pas à tromper jusqu’au diable pour parvenir à leurs fins. Dès lors, pas étonnant que l’amour d’une jeune fille apparaisse comme une maladie dangereuse que les anciens sont bien incapables de comprendre.
Rainer Sarnet est un réalisateur estonien et il a 20 ans de carrière lorsqu’il réalise November. Recherchant délibérément l’originalité, il s’efforce d’explorer les possibilités du cinéma avec ses moyens modestes.
Tout d’abord, November est improprement étiqueté comme un film d’horreur. C’est une œuvre glauque, assurément un drame, mais il regorge d’humour noir et ne fait pas peur. L’absurdité est omniprésente et le film oscille plutôt entre le cinéma surréaliste et expérimental malgré un scénario consistant.
Le choix du noir et blanc est osé, mais efficace. La perte des couleurs et donc de la lisibilité de l’image est compensée par un vieillissement de la vidéo qui plonge le spectateur dans le passé. Cela permet également d’effectuer des effets spéciaux bon marché. En outre, le réalisateur se sert justement de cette limitation pour mettre l’accent sur certaines parties des scènes en jouant avec les contrastes. C’est bien vu.
Le monde, ensuite, est particulier. Sans connaître la culture estonienne, ce village de salopards est vraiment étrange. La magie, aussi bizarre que moche, est cependant très bien rendue. On est loin des boules de feu d’un jeu de rôles ou des incantations mystiques de la sorcellerie, plutôt à mi-chemin entre du chamanisme et du steampunk. La découverte des kratt, créatures du folklore estonien, est très intéressante et franchement dépaysante.
Du coup, le scénario est une simple tranche de vie tragique fourrée aux gags absurdes. Le spectateur vit avec ce village, traverse le terrible hiver glacé et participe aux traditions toujours dictées par la nécessité de survivre. Les acteurs s’en sortent diversement dans ce monde loufoque, et l’incohérence de leurs comportements (le baron se fout de tout, Liina est à l’ouest, les pères sont des pochtrons, et Hans est lobotomisé) passe bien dans cet univers déjanté. Même la fin, plutôt sinistre, semble une conclusion normale dans ce monde hallucinant. À noter également l’absence totale des mères, toutes plus ou moins décédées.
November est un ovni cinématographique qui permet de découvrir le folklore estonien ainsi que le talent d’un réalisateur. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, mais sa qualité est indéniable. Il ravira les curieux dans mon genre, toujours avide de découvertes artistiques et culturelles.