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Film appliqué.
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le 13 nov. 2025
Les américains sont gênants.
Ils sont incapables de ne pas montrer les nazis comme ils voulaient qu'on les voie et de ne pas glorifier malgré eux cette effroyable image. Tout le long du film, Goering martèle sa grandeur, insiste sur la place centrale qu'il occupe dans l'histoire, sur sa fidélité patriotique, son amour des "grands hommes" et la place qu'il prend à leur coté. Un autre impérialiste avec lequel il partage patriotisme, militarisme, exceptionnalisme ne peut y voir le mal. Le nazisme s'inscrit dans une continuité du mal impérialiste, il a une dimension coloniale, légitimée par des théories sur la hiérarchie des "races". Toutes ces choses étant communes aux deux empires, les confrontations entre les deux protagonistes sont particulièrement stériles et l'ascendance de Crowe sur Malek renforce les positions du Nazi. C'est à vomir.
Autre symptôme de l'impérialiste depuis la guerre des gaules de césar, ceux ci sont obligés de grossir la puissance de leur adversaire pour alourdir leur gloire. Alors Goering doit être fort, il fait des pompes avant son procès, il prend tout le cadre, déborde, semble littéralement trop grand pour être capturé par l'histoire, il a l'ascendant intellectuel sur tout le monde, double même ceux qui vont l'exécuter par ce qui est décrit et amené dramatiquement comme un tour de magie. Et si il tombe alors tous les autres Nazis présents à Nuremberg tomberont aussi.
Le film ment par omission quand l'Histoire ne va pas du tout dans ce sens, Goering n'avait pas apprécié les résultats des tests de QI, n'ayant pas accepté de ne pas être arrivé premier. Et les résultats des fameux tests de Rorschar qui servent à le montrer comme un homme à part n'ont jamais été rendus public. Sa condamnation n'a pas déclenché la chute et l'exécution de tous les autres nazis présents au procès, le film coupe d'ailleurs grocièrement au moment ou le sort de Hess va être annoncé, celui ci n'ayant pas été exécuté. Les exemples de ce type sont légions.
Des images des camps d'extermination sont projetées pendant le procès, véritable point de rupture du film, l'abruti de psychiatre joué par Rami Malek comprend à quel genre de salopard il a à faire. Le film aurait pu être sauvé ici, un changement de mise en scène du personnage de Goerring bienvenu. Nous aurions pu être témoins de la misérable ordure à l'égo surdimensionné qu'il était. Mais non, le méchant doit être grand jusqu'à la fin pour que la victoire soit particulièrement glorieuse. Il y a bien quelques rares moments ou le psychiatre semble approcher maladroitement ce que Goerring révèle malgré lui de terrible sur la grandeur et l'Histoire. Mais il n'y pas cette place pour du "malgré lui" à cause de cette idolâtrie de la grandeur dont le film fait la promotion.
"On parle de châtier Hitler. Mais on ne peut pas le châtier. Il désirait une seule chose et il l’a : c’est d’être dans l’histoire. Qu’on le tue, qu’on le torture, qu’on l’enferme, qu’on l’humilie, l’histoire sera toujours là pour protéger son âme contre toute atteinte de la souffrance et de la mort. Ce qu’on lui infligera, ce sera inévitablement de la mort historique, de la souffrance historique ; de l’histoire. Comme, pour celui qui est parvenu à l’amour parfait de Dieu, tout événement est un bien comme provenant de Dieu, ainsi pour cet idolâtre de l’histoire, tout ce qui est de l’histoire est du bien. Encore a-t-il de loin l’avantage ; car l’amour pur de Dieu habite le centre de l’âme ; il laisse la sensibilité exposée aux coups ; il ne constitue pas une armure. L’idolâtrie est une armure ; elle empêche la douleur d’entrer dans l’âme. Quoi qu’on inflige à Hitler, cela ne l’empêchera pas de se sentir un être grandiose. Surtout cela n’empêchera pas, dans vingt, cinquante, cent ou deux cents ans, un petit garçon rêveur et solitaire, allemand ou non, de penser qu’Hitler a été un être grandiose, a eu de bout en bout un destin grandiose, et de désirer de toute son âme un destin semblable. En ce cas, malheur à ses contemporains."
Simon Weil. L'enracinement.1943
Créée
le 29 janv. 2026
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