Obsession
7.2
Obsession

Film de Curry Barker (2026)

"Je sens que tu ne m'aimes pas autant que je t'aime."


Premier long-métrage (ou presque) signé Curry Barker (qui s'est spécialisé dans le registre horrifique depuis ses débuts), le récit d'un vœu (pas si) innocent, prenant progressivement la forme d'un cadeau vénéneux à l'issue impossible.


Autant le dire de suite, ce «Obsession» inaugure avec beaucoup de talent la période horrifique qui s'ouvre à nous en ce mois de mai (et sera suivi de films tels que «Passenger», «Colony», «Saccharine» ou encore «The Plague»).


Y interrogeant le désir personnel (et par extension égoïste) et la toxicité grandissante au sein d'un couple qui aurait eu bien du mal à se faire en temps normal, cette fable moderne sur le consentement se construit comme un jeu de massacre à la tension grandissante et de plus en plus malaisante.


Parvenant, de manière plutôt surprenante et habile, à faire se confondre les codes de la romance avec ceux de l'horreur (notamment de par ses nappes musicales, à l'ambiance tantôt planante, tantôt agressive), Barker nous dépeint une emprise de plus en plus frontale, entièrement dévouée à l'"être aimé" et n'acceptant pas la moindre contrariété, aussi dérisoire soit-elle.


Une prison obsessionnelle qui va ne faire que se rétrécir autour de nos deux protagonistes, condamnés à n'être plus que des solitudes l'un comme l'autre.

Bear, jeune introverti, totalement dépassé par ce qu'il a initié sans trop y croire, mais ne voulant pas pour autant que ce lien obsessionnel et inquiétant change véritablement ("Qu'est-ce qu'il y a de si horrible d'être avec moi?"), laissant la situation s'envenimer jusqu'au pire.

Et Nikki, le crush de longue date de Bear, victime de ce vœu plus dangereux qu'il n'y paraît et se transformant progressivement de petite copine attentionnée à zombie totalement dépendant et instable.


Et le gros point fort de ce film réside justement dans le personnage de Nikki.

À la fois dans la manière dont Barker la met en scène, jouant notamment sur les clairs-obscurs et les arrière-plans (me rappelant là un peu «It Follows»), la dépeignant non plus vraiment comme un simple être humain, mais plutôt comme une sorte de créature dont la silhouette et le regard ne quittent plus Bear et provoquent chez nous quelque chose d'hypnotisant comme d'angoissant.

Et bien sûr dans l'interprétation habitée et de plus en plus dérangeante de la talentueuse Inde Navarette (vue notamment dans les séries «13 Reasons Why» et «Superman & Lois»), arrivant à rendre totalement crédible et palpable cet "autre" qui a pris possession d'elle et qu'elle ne peut contrôler, prisonnière de son propre corps et de ces faux sentiments incontrôlables et de plus en plus extrêmes (faisant ici un peu écho à un certain «Get Out»). Manipulée et manipulatrice à la fois, prisonnière et geôlière à la fois.


Cette combinaison gagnante nous offre quelques-unes des séquences les plus dérangeantes (et parfois non dénuées d'humour noir et/ou d'élans gores) vues ces dernières années au cinéma dans un film d'épouvante-horreur. Et ce jusqu'à un final qui reste durablement en tête.


Vous l'aurez compris, «Obsession», œuvre prenante et déstabilisante, se refusant à faire des concessions, est à ne pas rater en salle.

Et une chose est sûre quand vous ressortirez de la projection : vous réfléchirez à deux fois avant de faire un vœu, aussi innocent soit-il.

Raphoucinevore
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le 14 mai 2026

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