L’actualité cinématographique est plus généralement occupée par les crashs en série des blockbusters dépassant les 100 millions de budget que par le phénomène, bien plus rare, d’un film comme Obsession. Doté d’un budget dérisoire, réalisé par un jeune cinéaste de 26 ans s’étant fait connaître sur YouTube, le film fait une carrière fulgurante, et fait mentir tous les outils habituels du box-office où les deux premières semaines jouent toute la trajectoire du film. Le bouche à oreille fonctionne donc encore, et le film ne cesse de prendre de l’ampleur.
C’est aussi l’occasion pour votre serviteur de redonner une nouvelle fois sa chance à un film d’horreur, genre qui ne me parle que très rarement, comme en témoigne le visionnage récent d’Hokum, qu’on m’avait pourtant vivement recommandé, mais qui m’a laissé indifférent tant il restait cadré par le sempiternel cahier des charges de ce type de production.
Obsession, pourtant, fonctionne. Il nécessite certes un petit temps d’adaptation durant une exposition assez cheap, variation peu inspirée sur les atermoiements amoureux et amicaux d’un groupe de jeunes adultes. Mais le manque de moyens (priorité aux intérieurs, étalonnage jaunâtre limité, mise en scène fonctionnelle) s’harmonise assez rapidement avec la médiocrité d’un protagoniste suscitant vaguement la pitié avant que la situation ne s’envenime.
Le minimalisme d’Obsession est sa grande force : le procédé surnaturel initial, rudimentaire, n’aura pas de développement supplémentaire, laissant les personnages s’embourber dans un marasme qui doit avant tout avec ce qui fait de l’humain un être aussi fragile, complexe et dangereux pour lui-même et ceux qui l’entourent. Car cette fable retorse qui prétend évoquer la possession cherche surtout à exploiter la mécanique réellement effrayante de la toxicité. Celle d’un jeune homme s’accommodant parfaitement, dans un premier temps, d’un pacte malsain ayant fait disparaître le consentement éclairé de sa partenaire, avant que le dévouement de celle-ci ne devienne un enfer. La partition impeccable d’Inde Navarrette contribue largement à instaurer ce climat de terreur dans lequel chaque prise de parole, chaque revirement de comportement oscille entre l’adoration et la dévoration. Sans prétention excessive, le film dissèque cette version longtemps romantisée d’un amour absolu, notamment dans le regard des proches, et enferme le protagoniste comme les spectateurs dans un huis clos assez redoutable où les jump scares et l’ultra violence semblent moins au service du genre que du propos. Une exploitation revigorante, en somme, qui risque très probablement de reprendre les rails du système (suite, copies, franchise…) mais qui encouragera surtout les créateurs inspirés à persévérer, et pourrait, dans le torrent d’hémoglobine frelaté de l’industrie hollywoodienne, apporter enfin du sang neuf.