Milk & Serial en 2024 annonçait déjà l’envie de Curry Barker, de la chaîne Youtube That’s a bad idea, de se mettre au cinéma, au format long. Et si ce premier film était voué à finir sur la plateforme comme un galop d’essai à petit coût, Obsession constitue un premier pas dans les salles qui rencontre un succès prompte à lancer la seconde carrière du bonhomme (on parle aujourd’hui de 75m$ de box-office pour un budget de 1m$).
Non content d’être une nouvelle tête dans le genre horrifique, Barker délivre une œuvre profondément marquée par son identité Gen Z. C’est bien la première fois que je remarque à ce point le passage de relai générationnel dans la façon de concevoir les personnages et leurs rapports sociaux, où l’on ressent l’opération de déconstruction qui vient faire évoluer les relations. Jusqu’à un point…
Car tout déconstruits qu’ils sont, les jeunes qui débarquent à grand pas dans la vie adulte n’en sont pas moins des humains, dans tout ce que cela comprend de perversité, qu’elle soit construite sur les acquis des générations antérieures ou issue d’une nature biologique. La ligne de conduite de Bear, initialement louable et en phase avec les diktats de son époque, vient ainsi se troubler dans un enchevêtrements de paradoxes qui viennent étioler notre empathie première pour cet amoureux frustré devenu tortionnaire conscient et incel victimaire (pendant négatif de la déconstruction).
Parenthèse vieux con : une Gen Z qui se retrouvait également dans cette salle bondée d’ados et jeunes adultes qui ne pouvaient s’empêcher de regarder leur téléphone à chaque notification, et qui court-circuités dans leur capacité d’attention, se mettaient à lancer une partie de je ne sais quel jeu mobile, croyant que baisser la luminosité de l’écran suffisait à les rendre invisibles. Quand il s’agit d’une personne isolée lors d’une séance en petit comité, je n’hésite pas à intervenir, mais quand la tendance est généralisée, je lâche l’affaire. Plus effrayant encore que le film.
C’est sans doute cette marque générationnelle qui fait la plus grande force d’un film qui, s’il on se doute des chemins qu’il va nous faire emprunter au vu de son postulat, parvient tout de même à accrocher par son décalage avec les canons du genre, quand bien même certaines scènes semblent gratuites (ce qui a trait au chat) ou téléphonées avant même leur initiation (la voiture, évidente à la lecture du synopsis).
Un décalage inexorablement lié à l’arrivée de ces nouvelles têtes derrière la caméra qui n’excuse cependant pas certains affres. Car si l’on passe sur la prédictibilité de l’ensemble, on lâchera un vague soupir lorsque chaque scène de tension semble façonnée sur un rapport décibels hauts = peur. De même que dire les choses en criant ne crée pas de l’humour, tambouriner un effet d’angoisse en poussant les potards à fond n’engendre rien d’autre qu’un léger sursaut nerveux équivalent à celui d’un pétard, en aucun cas un sentiment de terreur.
Curry Barker doit continuer de faire ses armes (sans doute loin de Blumhouse dont on peut soupçonner les ingérences au vu de la ligne directrice de la boîte), mais livre une copie encourageante à défaut d’être impeccable.