Je fais une courte critique surtout pour ajouter une pierre à la réflexion générale au sujet d'Obsession. Je la délivre de suite et ensuite, je dis brièvement ce que j'en pense.


Cette histoire fonctionne dans le cadre d'une domination masculine : Bear a une attente forte qui réclame son dû. Sa frustration et sa nature d'être l'empêche de se soumettre au jugement de Nikki. Je comprends que, pour certains, le film parlerait principalement de ce que provoque une domination, voire une possession du corps de l'autre. Mais ce film ne marcherait pas du tout à l'inverse : avec une meuf qui bloque sur un mec - mais ce point, je le réserve et l'explique après avoir traiter la qualité du vœu.


Cela me rappelle un débat que j'avais eu au sujet de Get Out : la personne noire est occupée pour correspondre aux schèmes et habitus dominants blancs - ce qui provoque une tension intérieure qui parfois s'exprime à l'extérieur, tantôt pour s'auto-détruire, tantôt pour se libérer en tuant son oppresseur. A ce sujet, intéressez-vous aux travaux, à la pensée de Franz Fanon. Mais revenons à Obsession : quelle est la différence avec Get Out ? Le mythe romantique, je dirais. Nous vivons en permanence dans ce mythe qui installe la mièvrerie comme la plus forte des raisons : parce qu'on aime et qu'on est en droit de se sentir aimé, rien n'arrête le cœur. C'est à ce sujet que je veux en venir, non tellement pour faire taire la controverse animée tantôt par des incels patentés tantôt par des féministes antipatriarcaux qui adorent essentialiser tous les problèmes, mais pour éclairer un aspect primordial du film : le vœu. Quel est sa formulation exacte ? Je ne sais pas si vous vous souvenez mais je vais remettre ici sa formulation : "Je souhaite que Nikki m'aime plus que n'importe qui d'autre au monde." Beaucoup de commentateurs ont décrit que l'horreur surgissait du fait que ce voeu a été entendu et appliqué de manière littérale. Même en toute littéralité, l'amour reste l'amour et protège la santé et l'inquiétude de l'autre. Je comprends que l'auteur voulait surtout enlever à Nikki son amour propre, et par là même sa dignité, puisqu'elle ne peut aimer qu'une personne. Mais c'est là que je veux en venir : si son amour propre n'est pas arbitrairement ôté par une quelconque force, il est tout à fait possible de n'aimer qu'une personne. Beaucoup d'œuvres culturelles et même propositions économiques ne vantent que ce type d'amour : un amour, un seul. Moi-même, je souhaite aimer qu'une seule personne avec tous les risques psycho-sociaux qu'un tel lien implique. Si on aime qu'une personne, ça ne signifie pas pour autant la démesure à laquelle Obsession se voue scène après scène. Alors qu'elle est l'horreur de ce film ? C'est qu'au-delà de la littéralité du voeu (la perte du moi comme la chose la chose la plus importante au monde), l'amour n'en est qu'une illusion en terme de qualité (confiance) et de durée (éphémérité). Si cela paraît évident, je ne l'ai lu nulle part et tous ceux et toutes celles que j'ai lus ou croisés ont d'une manière ou d'une autre validé la prémisse romantique, à savoir Bear aime sincèrement Nikki. La qualité de l'amour telle qu'elle se manifeste que ce soit avant ou après le vœu ne relève jamais d'un amour sincère - et c'est d'ailleurs pour cette raison que Bear, lui même possédé, remplace son désir ardent par un artéfact votif. Oui, il est certes bloqué par sa réserve qui le rend ridicule mais il est surtout "bloqué en mouvement" dans ses ruminations de fantasmes romantiques, autrement dit dans son regard masculin sur Nikki. Bear fait son vœu sur la base d'un fantasme au sujet de Nikki. C'est son crime avant le crime. Le vœu ne corrompt en rien un désir déjà corrompu. Mais cette réflexion, on ne peut l'obtenir qu'avec les considérations qui suivent.


Ce film peut-il maintenant exister dans une situation inverse ? : "Nikki fantasme sur Bear et fait un vœu pour obtenir son seul amour." Objectivement, oui. Mais je jugerais dans un tel cas l'entreprise malhonnête car le souci de la domination masculine est essentiellement de garder une emprise totalitaire sur les esprits et les corps des femmes où qu'elles soient, peu importe la condition. Et si un tel film arrive sur les écrans, il serait uniquement pornographique. Un tel synopsis inversé arrive tous les jours et fait déjà le cauchemar de nombreuses femmes. Obsession fonctionne parce qu'il met en relief précisément ce que le patriarcat demande aux femmes en général : une extrême disponibilité sexuelle/affective et une docilité proche de la maternité et de la domesticité. L'inverse ne demande pas cela, même s'il existe des archétypes de désirs féminins qui sont souvent considérés comme absurdes et stéréotypées par les intéressées. Je trouve que ce film illustre bien les dérives romantiques, hétéronormatives et monogames. Il illustre bien, par l'absurde, ce qu'est le véritable amour : il est un amour sincère soigne, se diffuse un peu partout par degrés, par diverses attitudes, parfois insoupçonnées et charmantes, et qu'il soutient en permanence le monde, même si on peut en douter en constatant certains faits d'actualités.


Fin des réflexions. Avis et prédictions.

Le film m'a crispé et accroché dès les premières minutes. Comment peut-on arriver à effrayer juste, par exemple, en déplaçant une chaise ? Curry Barker est vraiment un talent, je suis heureux qu'il ne fasse que débuter. Il réussit à mettre du maléfice dans la magie du génie. Je regrette qu'il ait décidé de ne pas partager son succès avec son équipe technique. Le film est très fort (et j'avais déjà vu ça dans The Substance) : on ne s'intéresse jamais à l'origine des vœux, à la cause, au pourquoi : les vœux existent parce que les humains n'ont pas ce qu'ils désirent, point. L'actrice Inde Navarette va être quelqu'un d'important dans les années à venir ; ses glissements émotionnels sont absolument un régal de malaise. C'est pour moi le début d'une saga avec à chaque fois un vœu différent dont certains sont évidents : qui ne souhaiterait pas la fin d'un conflit ? La paix ? Un peu de chaleur quand il fait froid ? Un peu de fraîcheur quand il fait trop chaud ? Il y a énormément de thèmes à se saisir et je vois bien une série de type Doctor Strange/Sliders où, à chaque épisode, un voeu est émis dans un contexte donné. D'ailleurs, Obsession ne pousse pas le curseur mais quand le vœu est fait d'avoir un milliard de dollars, aucune conséquence n'est attribué à ce vœu cynique et matériel. L'émission d'une soudaine liquidité (énormément d'argent qui tombe du ciel) a des impacts qui ne sont pas ici dévoilées (c'est dommage). Tout ça pour dire que les One Wish Willow (allez sur le site c'est rigolo, j'ignore si le 1-323-747-7118 servira un jour...) nécessitent une nuance que le vœu ne semble pas permettre. Les désirs aussi se concrétisent avec de bons aspects et d'autres moins bons, mais jamais rarement tout noir ou tout blanc, et qu'il faut se satisfaire du bonheur de ce mélange.


J'avais dit que je ferai court. Moi aussi, j'ai menti.

Andy-Capet
7
Écrit par

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Créée

le 19 mai 2026

Modifiée

le 8 juil. 2026

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