Obsession
7.2
Obsession

Film de Curry Barker (2026)

Aimer jusqu'à l'impossible, c'est impossible

Quel héros, quel grand personnage ! Réussir avec si peu de budget en 2026 à faire probablement ce que j'estime être, le meilleur personnage de film d'horreur tout confondu, je pense qu'on peut parler d'un niveau de maître égal au génie.


Alors que je pensais avoir affaire à une énième session horrifique oubliable sur les relations toxiques à la manière de Together, Barker nous a offert ici nous seulement un divertissement parfait quand on est jeune, et en même temps... Il a fait un grand film.


T'es pas un ours mais tu fais mal


Laissez-moi faire mes éloges à l'écriture de Bear, ce garçon peu charismatique, timide et maladroit, qui croit au départ être amoureux d'une fille qu'il trouve inaccessible. Alors autant le dire directement, je m'oppose à toute interprétation qui consisterait à faire de ce film une moquerie de l'hystérique femme jalouse, tout comme je refuse d'y voir une simple caricature de l'idéologie incel. Ni péteux, ni mascu', le film est une véritable leçon de vie sur ce qu'est l'amour ou plutôt, ce qu'il ne peut et ne pourra jamais être.


Il est difficile pour moi de faire cette critique tant le film explique mieux que des mots ce qu'est la véritable obsession. Parce qu'en réalité, il faudrait que je me corrige : Bear n'aime pas Nikki. Bear pense être amoureux de Nikki, mais dans les faits, il ne désire que la posséder. Et c'est là le cœur du film, c'est la chose simple qu'il faut comprendre.


Bear « n'obtient » jamais Nikki mais son ombre, son image, sa belle apparence qu'il fantasme depuis toujours comme si c'était une coquille vide qu'il suffirait d'acheter dans une boutique. C'est tout sauf de l'amour, c'est de la pure obsession envers un rêve : celui de posséder un être qu'on désire, tout en étant indifférent à la personne existante à l'intérieur, qui, croyez le ou non, est capable de s'auto-déterminer et de consentir. Mais Bear va lui priver de ce droit parce qu'il n'aime pas chouiner dans sa voiture. Dois-je vraiment faire un dessin de ce à quoi on assiste ?


C'est con parce que l'amour, Bear pouvait en avoir un bref aperçu auprès de Sarah. La seule fille qu'il ne cherchait pas à « obtenir » comme une poupée, la seule avec qui il n'était pas dans un délire de marchandage pour satisfaire ses propres désirs de canidé. Avec elle, il était question de relation, d'amitié, et devinez quoi : de naturel ! Serait-on là dans une situation ou Bear aurait pu avoir un rapport sain avec une personne au lieu de tout ramener à lui ? L'amour, Sarah en avait une bonne définition depuis le départ. Elle aurait pu enseigner à Bear ce qu'est la réalité lors de l'unique vrai baiser du film qui ne verra jamais le jour. Mais c'était déjà trop tard... Le film devait faire payer à Bear les conséquences de sa bêtise. Oui je parle de bêtise, pas dans le sens de « faire une gaffe » comme certains semblent le voir, mais plutôt de sa mentalité complètement démentielle.


Qu'est-ce que j'aime Bear... Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas vu de personnage aussi pathétique au cinéma, dans le sens le plus profond du terme. Bear est l'incarnation parfaite de la lâcheté, du déni et de l'esclave passionné qu'on a envie de gifler violemment depuis notre siège. Pendant toute la durée du film, il continue de descendre dans sa pente criminelle, s'enfonce dans son aveuglement alors que tout est au rouge, que tout le monde lui montre clairement le problème. Bear n'a aucune excuse. Mais non, Bear continue, ne s'arrête pas, et quand il croit le pouvoir, cherche simplement à « modifier » plutôt qu'à « annuler » comme la pire des ordures ménagères à ciel ouvert. Et il continue de croire qu'il est réellement dans l'expression d'un amour véritable, comme s'il était simplement amoureux d'une fille et que son acte découlait de la triste nature. Il continue de s'inventer un monde ou le principal problème viendrait des éclaboussures de sang et de caca qu'on voit dans le film, s'imaginant avoir une relation avec une personne alors qu'il joue avec un cadavre...


Mais toutes ses croyances sont fausses, non parce qu'il se serait trompé lors de son vœu dégueulasse, mais parce que ce n'est pas une relation avec Nikki qu'il recherche objectivement. Ce qu'il souhaite c'est Nikki, son concept, son idée abstraite, il veut la détenir comme un sultan obtiendrait un trophée qui, à la manière d'un miroir, lui renverrait le magnifique reflet de son image d'homme riche. On nage en plein délire égocentrique, dans le caprice d'un enfant malade. Dépeindre un être aussi puant, je le redis, c'est juste du pur génie.


Mais je nuance quand même, non, Bear n'est pas un incel haineux misogyne qui se serait embrigadé dans je ne sais quelle mouvance douteuse (cela serait d'ailleurs trop facile). Il n'est certainement pas non plus un nice guy, victime de ses sentiments, et du rejet d'une femme confiante qui le mépriserait (et dont il ne connaitra jamais la réponse au passage). Ni diable, ni victime, Bear est juste... Une sombre me*de. Et je ne dis pas cela méchamment, je le dis en essayant d'être factuel comme si j'étais face à un documentaire dérangeant.


C'est juste un pauvre type, la médiocrité incarnée dans une conscience de lâche, qui n'a aucune force d'esprit, aucun courage. Un mec plein de désirs malsains que l'on peut peut-être expliquer par un manque d'intelligence et d'expérience, sans en être jamais certain pour autant au vue de sa mauvaise volonté. Que vous le vouliez ou non, le film n'est pas forcément hyper subtil, mais il a la qualité d'être complexe.


Conclusion


Bear n'a aucune dignité. Je ne le respecte pas, je ne le respecterai jamais et j'espère que c'est le cas pour vous aussi. Honte à ceux ou celles qui le défendent et qui n'ont pas compris le sens profond du film, et qui en dehors de cela, refusent d'aimer plutôt que de vivre en obsédés. En revanche, tous ceux qui détestent Bear, sachez que je conçois votre haine, mais je ne la partagerai pas pour autant. Car détester Bear revient à détester le monde ainsi que soi-même, c'est ma conviction.


Je t'aime petit puceau.

Letossia
8
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le 19 juil. 2026

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Letossia

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