J'y suis allé aujourd'hui pour la dernière journée de séance, sur les conseils d'un curateur que j'aime bien (Le Fossoyeur de Films), mais ça a été presque une cata.
Mise en bouche : d'abord, je n'étais pas allé au cinéma depuis 11 ans, et pour une bonne raison : les gens sont insupportables. Et devinez quoi ? J'y ai eu droit ! Eh ouai ! Donc en 2015, c'était pour Deadpool : même cinéma, mais j'avais échappé aux attardés. Ca faisait déjà des années à l'époque que j'avais évité les salles (j'avais quand même fait une tour dans un grand CGR pour le biopic de Queen, avec salle quadraphonique) suite à un manque de fric et aussi des problèmes de bruit en salle, et j'avais ensuite (2016) eu des moments de merde réccurents à la limite de l'altercation physique qui m'avaient fait lâcher le 7e art, pour aller me réfugier sur Netflix (pour le meilleur, puisque j'ai pu découvrir une nouvelle façon de faire du cinéma, avec par exemple la série DARK). En résumé, la qualité de l'expérience "cinéma" s'est dégradée à mes yeux, non seulement le son est souvent pourri (tout sort de devant, aucun surround), mais la chute de l'intelligence fait que les gens se croient dans leur salon. Mais là j'ai cru bon ressortir de ma tanière, et retrouver ce bon vieux CGR Le Colisée, rue du Port au Mans. J'ai malheureusement encore écopé du son qui ne sort que par le devant (avec en prime un ratio de 4:3 au lieu de 16:9 ; à moins que ça ne soit fait exprès ??) et des jeunes cons, quoique cette fois-ci un peu plus réservés : disons 5/10 sur l'échelle du bordel, en mode chuchotement mais... quasi constant. Un peu de silence pendant les moments clés, et à d'autres, ça se lâchait sans vergogne comme dans un cinéma drive-in aux USA en mode couchette.
Mais bon, je m'étais dit : ne focalise pas, si jamais la séance est ruinée, pas grave, tu sais que de toutes façons tu ne remettras plus les pieds dans une salle pour les dix prochaines années. Essaie de te concentrer en filtrant le bruit. Ouai...
Sauf que le film est d'une platitude... mon dieu. Seul quarantenaire dans la salle avec mon crâne rasé et mes lunettes, j'étais comme un Jean-Pierre Coffe prêt à griffoner dans mon guide Michelin (les critiques d'art, ça se perd !), un rescapé de l'époque des Mad Movies. Et un ex amateur de VHS sanguinolantes ! Donc j'ai ausculté avec soin. Déjà disons l'essentiel : tout le machin ne tourne autours que d'un seul élément de scénario, celui d'un mec et de sa nana, et de deux autres protagonistes autours. Rien d'autre, pas de péripétie, pas de multi-couches, de moments divers et variés pouvant tisser différentes excursions mentales qui vous resteront gravées dans la mémoire en sortant pour vous donner l'impression d'avoir vu un film dense. Nan, on n'est pas dans Il Etait Une Fois L'Amérique, Le Pianiste, ni même un bon délire des frères Cohen, mais juste dans le plus basique des scénarios, avec en prime une saveur "2013" qui donne l'impression d'avoir affaire à cette nouvelle génération de branleurs qui ont tripé sur des jeux comme "Slander man" ou "Five Night At Freddie's" (un des jeux les plus bâclés et vides et débiles de la décennie 2010) et croient bon pouvoir reprendre leur univers horrifique rachitique en guise de code artistique.
Incident de Parcours ou Massacre à la tronçonneuse n'étaient pas La Liste de Schindler en terme de profondeur, mais au moins on avait du hors-champ. Un minimum quoi. Là non.
Pas de réf au cinéma d'avant, sauf un brève micro-plagiat de l'Exorciste. Tout est très "jeunesse américaine auto-centrée nourrie au smartphone" et ayant la culture de spammeurs d'émoticônes. Tous les moments de tensions du films gravitent autours d'une crise de couple fleurant bon l'adolescence qui tente de s'inventer une maturité rétrospective, et de faire du caméo de référence internet diluée, certes il faut le reconnaître, dans un écrin à la "Carrie", mais sans la franchise directe de cette époque où on savait faire des films sans caler des éléments de langage navrants. Je pense à ces tirades de l'actrice, possédée, qui se terminent par des genre de "ou pas" façon tics de langage modernes absolument lourds, ou encore ce moment où elle reste plantée devant la caméra après le départ de son petit ami, le visage figé en souriant.
Personnellement en 2013 justement, je sortais un peu en ville histoire que le mec de 29 ans que j'étais puisse "sociabiliser" encore un peu avant de se reclure définitivement, et une fois, exaspéré par le fait d'être une sorte de plaque de verre transparente que personne ne voit, je m'étais amusé, une fois quitté le bar qui fermait à minuit et demie, à rester planté, immobile, place de la sirène au Mans, entouré de jeunes cons de 18-25 ans autours de moi en train de papoter avec le QI de sniffeur de protoxyde d'azote ; juste pour voir leur réaction. Eh bien l'expérience dura trois heures. ? Oui, trois heures, durant lesquelles je restai là, comme un mime de rue statufié, me forçant à nier la souffrance dans mes grolles, et me facepalmant intérieurement de voir qu'aucun des débiles autours de moi ne réagissait, ce qui confirmait ce que j'essayais de prouver : les gens sont des enculés, et ça explique pourquoi des individus peuvent crever en pleine rue et que les passants enjambent leur corps en croyant avoir affaire à un clodo. Trois heures immensément longues (à l'époque j'étais chaud, je pouvais philosopher matin, midi, et soir, sous la douche, sur un vélo, à la table d'un bistro, au pieu, en dormant) avant qu'une nana balance un "eh mais c'est qui le mec là ?". Sur quoi je décidais enfin de sortir de mon mode "agent de sécu psychopathe" pour rentrer chez moi.
Vous vous demandez pourquoi je parle de ça ? Bah voir cette nana rester figer en face de la caméra, comme si c'était marrant, ou creepy, ou même "philosophique" avec un genre de "message" profond et/ou malaisant, réveille en moi l'envie de faire justice. Parce que je trouve abusé que la vie puisse être si chiante qu'elle me balance une synchronicité avec 13 ans de retard, et encore plus abusé que les gens puissent triper sur un truc pareil alors que toi quand tu te fais chier à faire une performance à 1h du mat', personne ne la voit. Les vrais artistes ne sont jamais reconnus, ça craint... Et le plagiat, on en parle ? Cette GenZ qui s'invente une vie à une époque qu'elle n'a pas connue, ou des talents qu'elle n'a pas et dont elle ne sait même pas d'où elle les sort, et qui chie sur les "boomer" alors que t'es de 1983 et pas de 1950, me colle le cancer. J'en viens à me dire que la vie file certaines de mes idées à des branleurs sans cervelle, et j'ai envie de prendre un avocat.
A plusieurs moment je me suis pris à me demander "comment les gens auraient joué dans les années 1970 ou 1980" pour essayer de voir d'où me venait l'impression d'être en face de gamins, et seuls les rires dans la salle les rires (je déteeEEEEEssste ça pendant un film d'horreur, putaaaAAAIN !) m'ont confirmé définitivement cette impression de jeunesse moderne perdue : car ces braves jeunes têtes de glands inclusifs qui se trouvaient derrière moi se mettaient à rire ou à théoriser en chuchotant... à des moments... absolument nazes et incompréhensibles pour moi. Un peu comme si j'avais pas les codes. Mais on n'est pas sensé pouvoir rire ou avoir peur universellement ? Nan ? J'avais l'impression que tel "jumpscare" (ex : dans la chambre, dans la pénombre contre le mur), tel mouvement d'humeur de la furie sur son malheureux boyfriend, avait un sens profond lié à tel truc qui avait gravité dans leur culture de swags depuis 20 ans. Des trucs à base de couple, de codes à la con avec une sémiologie de smileys auto-renforcée, et ayant une sorte de sens échoïsant leurs histoires de cul, utile pour déchiffrer les problèmes matrimoniaux.
Mais alors... en plus... que c'est leeeeeent et vide à se monter ! On se farci une des intros les plus expéditives de l'espace, sans même une once d'humour ou de rêve pour meubler, tout ça pour déboucher ensuite sur une leeeeente mise en place creuse vers le dernier quart du film, où tout pètera dans le gore comme on pète dans la soie. Tout ça pour ça.
Nan franchement, j'aurais pas craché sur une refonte de la sexualité façon Carpenter, mais là je me suis fait chier à regarder un mec faire des aller-retour entre son taf et son deux-pièces, et envoyer des textos à son pote. Ca me fait méga chier d'avoir claqué une bouteille d'eau en plus du ticket (rappel : canicule à l'heure où je parle), j'aurais préféré mater ça la gorge sèche histoire d'aller me claquer une pinte en sortant.
D'ailleurs, j'ai failli aller prendre un kébab et des frites une fois exfiltré de ce bourbier (c'était le plan, histoire de faire semblant d'avoir une vie), mais en regardant la rue, les têtes de cons avec leurs dégradés sur les terrasses, l'ambiance de cassos front à front et la musique de merde... je me suis décidé à tracer vers chez moi. La décennie 2020 est un film en soi : SUV, rap, branleurs en survêt avec des têtes de footballeurs qui ont complètement gagné sur les intellos, la rue en mode Cyberpunk 2077 sans la créativité dans les fringues... "aled".
En rentrant j'ai bu 50cl d'eau bien fraîche avec du sirop de menthe glaciale, et je vous explique pas comment c'est bon. Ensuite j'ai posé mon cul pour écrire cette revue, parce que chez moi s'il y a bien une obsession, c'est de faire valoir l'esprit critique. Ca et la masturbation.
En parlant de ça j'ai pas perdu mes deux heures : j'ai une nouvelle gonzesse à ajouter à ma collection de beautés absolues, la bien nommée Inde Navarette ! Rien que pour ça, ça valait le coup. Ce visage, ça c'est de l'art !
Allez, à dans dix ans !