Ces derniers temps, je ne sais pas exactement ce qui se passe avec le cinéma d’horreur, mais j’ai l’impression d’assister à quelque chose d’assez rare. J’ai toujours été un fervent défenseur du genre, tout en ayant longtemps accepté ses limites. Je me suis souvent dit qu’il fallait lui pardonner beaucoup de choses pour réussir à rentrer dedans... Avec des acteurs parfois moyens, un manque de subtilité, une écriture un peu abrupte, des ficelles visibles.
Bref, il fallait souvent faire preuve d’une grande tolérance pour apprécier pleinement ce cinéma.
Et pourtant, ces derniers mois, j’ai l’impression d’enchaîner des films d’horreur qui pulvérisent mes attentes. Des œuvres bien plus intelligentes, bien mieux incarnées, avec des personnages mémorables, des situations fortes, des métaphores limpides sans être grossières, et cette capacité à rappeler que l’horreur peut être un formidable vecteur de sens. Un genre capable de parler du couple, du désir, de la peur de l’autre, de la lâcheté, de la solitude, avec une puissance que peu d’autres genres peuvent atteindre.
Après avoir vu Together, qui m’avait déjà très agréablement surpris, je m’attendais presque à trouver Obsession un cran en dessous. Le sujet semblait lui aussi tourner autour des relations homme-femme, et j’avais peur d’une redite, ou au moins d’un film moins marquant. Quelle erreur. Obsession propose finalement une autre vision, sur d’autres sujets, avec une subtilité folle. J’en suis encore assez retourné.
Tout n’est pourtant pas parfait. L’acteur principal, censé incarner un timide maladif, m’a souvent posé problème. Je comprends que ce type de rôle soit difficile à jouer, parce qu’il demande une vraie nuance entre malaise, inhibition, lâcheté et fragilité. Mais ici, j’ai trouvé son interprétation beaucoup trop figée. La plupart du temps, il semble soit sans vie devant la caméra, soit réduit à une sorte de petit garçon de 35 ans, ce qui rend parfois le visionnage pénible. Comme il est très présent à l’écran, cette faiblesse pèse forcément sur le film.
Et puis, en face, il y a cette actrice.
Là, on change complètement de dimension. Sa prestation est phénoménale. Je savais que le film avait plutôt bonne presse, mais je ne m’attendais absolument pas à être frappé à ce point par son incarnation. Rarement un être humain m’aura autant fait peur devant un écran. Le contraste entre sa beauté naturelle et la terreur qu’elle inspire donne enfin ses lettres de noblesse à un archétype que j’ai toujours eu du mal à apprécier, la yandere. Un archétype souvent caricatural, que je n’ai jamais vraiment compris ni aimé, mais qui trouve ici une incarnation presque parfaite.
C’est là que le film devient vraiment impressionnant. Comment une relation entre deux êtres humains peut-elle devenir aussi terrifiante ?
La réponse tient dans une idée très simple, presque celle d’un conte macabre. On part d’un objet magique, d’un petit bâton capable d’exaucer un vœu instantanément. Une sorte de génie de la lampe, mais sans la féerie rassurante. Parce que si l’on ne fait pas attention aux mots que l’on emploie, si l’on formule un souhait sans prendre en compte l’autre, ni la réalité dans laquelle on se trouve, les conséquences peuvent devenir catastrophiques.
Avec un concept aussi simple, le film tire pourtant le fil très loin. Et il le fait avec une efficacité redoutable. Moi, en tout cas, j’y ai cru. Et je peux dire que je n’ai pas trouvé le sommeil tout de suite après le visionnage. Le film installe juste assez de détails et d’ambivalence entre ses personnages principaux et secondaires pour rendre ses révélations efficaces. On croit à leurs attitudes, à leurs failles, à leurs contradictions. Rien ne semble totalement gratuit.
Le crescendo émotionnel est particulièrement maîtrisé. Le film prend un thème qui pourrait sembler classique, l’amour, la timidité, la difficulté d’aller vers l’autre et le pousse vers quelque chose de beaucoup plus dur, beaucoup plus dérangeant. Le personnage principal ne dégoûte pas seulement par sa maladresse ou son incapacité à agir. Il peut aussi nous dégoûter par sa lâcheté.
Et c’est justement cette lâcheté qui finit par être punie de manière horrible, mais aussi terriblement addictive à regarder.
Je repense encore à ces scènes où l’on appréhende presque autant que lui ses prochaines rencontres avec cette compagne d’infortune. Le film arrive à transformer en pure horreur un sentiment très concret, cette peur de rentrer chez soi, cette angoisse de retrouver quelqu’un, cette crainte de l’autre quand la relation devient un piège. À mes yeux, c’est là que le film touche au génie. Il prend une peur intime, presque domestique, et il l’agrandit jusqu’à en faire une vraie expérience de cinéma d’horreur.
Alors oui, comme le film monte progressivement dans l’horreur, il perd peut-être un peu en subtilité dans sa dernière partie. À force d’aller toujours plus loin, il devient parfois plus frontal, moins fin que dans ses meilleurs moments. Et le jeu de l’acteur principal reste pour moi une vraie limite. Mais malgré ça, Obsession détonne.
Il laisse sans voix par les émotions qu’il procure, par la peur qu’il installe, et par l’intelligence avec laquelle il parvient à faire de la relation homme-femme un terrain d’angoisse crédible, cruel et profondément dérangeant.
C’est un film qui peut vraiment faire peur. Pour les personnes qui se méfient de ce genre de proposition, le visionnage peut même être douloureux. Mais je les inviterais quand même à tenter l’expérience, parce que derrière son horreur parfois brutale, Obsession porte un propos beaucoup plus intelligent qu’il n’y paraît. Et surtout, il rappelle à quel point le cinéma d’horreur, quand il est bien pensé, peut faire bien plus que provoquer des sursauts, il peut donner une forme monstrueuse à des peurs très humaines.