Le film donne le sentiment lancinant que le scénario s’est exclusivement nourri de vidéos YouTube stéréotypées sur la réalisation d’un film d’auteur raté. Curry Barker, « influenceur », semble confondre minimalisme et vacuité abyssale. Si l’épure semble revendiquée, elle ne masque en rien l’absence totale de chair cinématographique. Le film n’est pas lent, il est statique, en sorte que l’on comprend bien vite qu’il n’a absolument rien à raconter: Nikki devient de plus en plus folle, Bear est d’une passivité alarmante, et le scénario recycle inlassablement la même situation avec un niveau d’insistance qui tient davantage du remplissage que de la montée en tension. Malgré sa prétention à explorer la frontière entre amour et possession / obsession, le film survole maladroitement ces thèmes. Les personnages sont tellement réduits à des fonctions narratives qu’ils n’ont aucune profondeur et rien à apporter à un récit déjà pourtant bien vide. Derrière le battage critique, l’on trouve surtout un court-métrage gonflé artificiellement en un long-métrage : une idée certes classique mais correcte, développée avec une étonnante pauvreté d’invention. Au total, si Barker a sans doute voulu signer un trip sensoriel sur la frontière entre passion et possession, il a surtout accouché d’un long bavardage qui oublie la seule chose essentielle : inclure le spectateur dans la conversation.