Bon point: très bien réalisé. Avec un petit budget, le film réussit à faire beaucoup.

L'ambiance et l'esthétique sont cohérentes, le casting est bien réalisé, les dialogues sont naturels. De beaux tableaux tout du long.


Le jeu d'acteur est bon, très bon même en ce qui concerne Inde Navarrette (Nikki) qui nous offre une amplitude de jeu impressionnante. Le caractère des personnages est assez bien pensé, leurs interactions font sens.

Plein de petits détails et de passages bien écrits et bien pensés


Le film part d'une réflexion très intéressante, et qui est assez bien amenée et développée au début

(Que se passe-t-il quand nos sentiments nous dictent la réalité ? Veut-on vraiment ce qu'on croit vouloir ? Quelle place a le libre-arbitre et l'identité de l'autre dans une relation amoureuse ? Quelle est la différence entre aimer quelqu'un et aimer son image, aimer sa possession (sans mauvais jeu de mot) ? Comment la solitude et le refus de travailler sur soi-même conduit à l'enfermement dans des fantasmes auto-motivés et déconnectés de la réalité ?

Malheureusement, et ce malgré des scènes très réussies et dérangeantes sur le plan psychologique,

(notamment la scène de viol, où une Nikki inerte et prisonnière de son propre corps est pénétrée par Bear qui choisit de ne pas voir qu'elle est absente, et se concentre sur la simulation auditive que lui fournit son "double" / ou encore le moment où Bear rentre à la maison pour trouver Nikki désespérée, figée par sa dépendance, couverte de ses fluides corporels)

et quelques éléments très intelligemment utilisés, qui font un effet boeuf malgré leur simplicité

(Nikki floue, en arrière plan, qui fixe Ian et Bear en train de discuter / Nikki qui marche de façon non-naturelle, la vidéo inversée, dans le noir, dans la chambre...)

le film a tendance à se réfugier dans des facilités, et tirer des grosses ficelles qui m'ont fait décrocher de l'aspect horreur, pour passer dans le comique/parodique.


Certaines incohérences, aussi, gâchent pour moi le parti pris du film, qui est pourtant très intéressant.

Le voeu que fait Baron, c'est que Nikki l'aime plus que tout au monde.

Ce voeu peut la rendre complètement timbrée sur certains aspects (jalousie, notamment, possessivité, peur de l'abandon...), mais ne justifie pas d'autres bizarreries que se permet le film : pourquoi un autel avec le cadavre de Sandy, son chat décédé ? Cet élement, qui de surcroît arrive très rapidement et est balayé un peu trop facilement par Bear, n'est pas tellement cohérent avec le voeu qu'il a fait. Ce n'est pas parce qu'elle l'aime plus que tout au monde qu'elle ne comprend pas les codes sociaux, qu'elle perd tout sens de ce qui se fait ou non.

J'entends que le cadavre de Sandy soit un outil utile pour rappeler Bear au deuil d'une relation importante qu'il a improprement fait (et dont il est responsable de la mort) car il était trop absorbé par son obsession, mais ça ne rend pas cette scène plus logique en ce qui concerne le comportement de Nikki.

Globalement, on a l'impression que le film exploite un peu trop l'image de la "possédée", sans justifier sa folie outre mesure.

Je ne suis pas en train de regarder l'Exorciste... et tous ces éléments me semblent capitaliser sur les symboles du cinéma d'horreur sensationnaliste sans leur donner de vraie cohérence avec le scénario

D'autres éléments sont cohérents avec le scénario, mais un peu caricaturalement amenés, ou amenés au mauvais moment, au mauvais endroit. Ils me donnent l'impression de "placer" une carte du film maladroitement.

Quand Nikki s'auto mutile avec la bouteille lors de la soirée par exemple (d'ailleurs... réaction un peu lacunaire de la part du groupe ?) : c'est cohérent, elle veut sortir de ce corps dont elle est prisonnière, elle veut mourir. Pourtant, c'est amené de façon maladroite, trop rapide ou trop brutale, peut être ?

Peut-être est-ce le parti pris du film : transformer cette tragédie en pièce de théâtre tragi-comique.

En tout cas, à la fin du film, sonnée par la masse d'informations qui se sont succédées, je n'avais plus vraiment d'empathie pour les personnages

J'ai la sensation que la succession d'évènement sensationnalistes et parfois incohérents empiètent le développement du film et empêche de complètement s'abandonner à l'horreur qui s'y déroule : comment ça, il a le temps de retourner au magasin, d'aller chez Ian, d'aller chez lui.... tout ça sans que Nikki vienne le chercher ?????? il faudrait savoir si elle est omnisciente et menaçante en tout temps, ou si elle reste sagement à la maison.

Ces petits détails désamorcent pour moi l'urgence et l'horreur de la situation, et la tournent presque en ridicule par moments. Ca n'enlève rien au plaisir que j'ai pris à voir le film, mais ça le fait basculer dans une sorte de comédie tragique, où les éléments s'enchaînent parce qu'ils doivent s'enchaîner.


Certains éléments importants et réussis en sortent changés, à cause de cette ambiance générale. De même, j'ai du mal à pardonner certaines scènes un peu téléphonées à cause de cette ambiance, alors même qu'elles sont très bien réalisées. Je regrette que les moments de tension si bien amorcés soient finalement un peu bâclés, avortés, comme si on revenaît en arrière et grossissait le trait malgré la finesse des détails initiaux.

Quand Bear est dans la voiture avec Sarah, rien qu'avec le cadre, on voit le jumpscare venir gros comme une maison. Avec la musique, qui prend de plus en plus de place et remplace l'horreur par un moment de confort, on sait que ça vient. Avec la lettre que partage Sarah, on sait très bien qu'elle va crever à l'avance.

Pourtant, c'est bien fait, et le jumpscare m'a eue. Mais il m'a eue comme un élément de surprise, et non pas d'horreur. Pas vraiment d'empathie, pas vraiment de frissons quand elle explose la tête de Sarah comme une pastèque contre le volant. A ce stade, je le vis un peu comme un cartoon.


Très beau moment de grâce et d'horreur cependant à la fin, qui a réussi à me capter de nouveau :

Hors-cadre, Nikki brise le bâton que Bear lui avait ramené, sans rien dire, et l'on comprend qu'au lieu d'être libérée du souhait initial de Bear, elle (enfin... "elle") vient de souhaiter qu'il l'aime, lui aussi, plus que tout au monde. Fantomatiques, mécaniques, caricaturaux, ils s'enlacent tragiquement, prisonniers des voeux suintants et pourris qui les unissent.

Moment un peu gâché par le plan qui suit, et qui insiste sur ce qui vient de se passer, comme pour expliquer la scène au spectateur

(oui c'est bon je l'ai vu le bâton sur la table, je l'avais entendu avant, j'ai compris qu'elle avait fait un voeu....pas besoin de me le re-montrer...). Si c'était un tableau de fin, je l'aurais compris, mais là ça donne vraiment l'impression qu'on veut que le spectateur connecte les neurones. C'est bon, j'ai la ref !

Ca reste tout de même un bon film, que je ne reverrai pas, mais que j'ai apprécié voir.

Bonne réflexion sur l'imposition de sa volonté aux autres, sur la lâcheté et l'incapacité à poser ses propres limites, et l'insatisfaction dans laquelle cela peut emprisonner / sur les dangers de la projection amoureuse et du désir auto-motivé / sur la vulnérabilité émotionnelle et la façon dont la gentillesse, le soin, l'écoute (souvent féminins) peuvent être mal interprétés et déclencher une obsession chez quelqu'un qui se mure émotionnellement ou qui ne sait pas s'exprimer avec d'autres.

Bon portrait de Bear, qui jongle constamment entre déni de ses sentiments, déni de la prison dans laquelle il s'est mis, déni du comportement terrifiant de fake Nikki, déni de l'absence de la vraie Nikki pour profiter encore un peu de son image...

Même lorsqu'il appelle le SAV, on voit bien que Bear se fiche du bien-être de Nikki, il veut "changer" son voeu, pas l'annuler. Il se fiche que son amour soit authentique, il se fiche de la forcer à l'aimer, il veut qu'elle corresponde à ses désirs. Bonne mise en scène, de ce point de vue.

Pareil dans la scène où Nikki (la vraie) dem

Personnage toutefois complètement abruti qui s'enferme dans le mutisme et FATIGUE à force de se mentir à lui même pendant tout le film. Ca tourne un peu en rond, parfois, et son jeu paraît plat, surtout à côté de l'excellente Nikki, qui passe par toutes les émotions possibles. Chapeau.

Dans l'ensemble, c'est un film avec de très bonnes idées, un très gros potentiel, mais qui l'exploite mal, trop vite, pas assez soigneusement.

Salpoutre
7
Écrit par

Créée

le 15 juin 2026

Critique lue 7 fois

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