Le cinéma post-#MeToo a profondément redéfini l'approche de la prédation. Là où le thriller traditionnel (dont le slasher) cherchait le suspense dans la fuite ou l'affrontement, le premier film de Curry Barker, 26 ans explore une veine bien plus inconfortable : l'analyse de l'emprise masculine et la dissolution du consentement (comme dans Ex-Machina et Companion)
Réalisé avec un budget de moins d'un million de dollars et ayant rapporté plus de 400 M$ cette année, Obsession utilise ce trope classique du conte moral où un vœu se réalise à la lettre, mais pas dans l'esprit. Cela lui permet d’interroger si la personne aimée existe encore quand elle est dépossédée de son libre arbitre.
Le film frappe d'abord par un format d'image hybride en 1.50, (entre le vieux 4/3 et l’actuel 16/9). Ce cadre agit comme la prison de l’obsession, enfermant le spectateur dans la promiscuité d'un désir amoureux qui révèle ici sa nature la plus égoïste, celle qui n'envisage l'autre que comme un territoire à conquérir. Cette étude du trauma inverse habilement les rôles traditionnels masculin et féminin pour ausculter l’état de sidération du héros. Face à l’onde de choc, le personnage se fige, piégé dans cette zone grise où la capacité de réaction est annihilée par l'ascendant psychologique de l'autre. Qui est le vrai monstre du film ? La réponse est claire.
Ce thriller féministe sur les relations toxiques décortique le mécanisme de dissociation : comment l'esprit se détache du corps pour survivre à l'agression. Et le film ne cache pas cette douleur intérieure de l’héroïne.
Le dispositif cinématographique repose sur la performance étonnante de l'actrice principale. Tout en subtilité et en micro-expressions, elle insuffle à son personnage une dualité magnétique, incarnant à la fois le vecteur d'une menace sourde et le miroir d'une domination systémique.
Obsession fait le choix du thriller anatomique et démontre la force de ce cinéma libre né sur YouTube : celle de faire naître l'horreur de l'emprise au cœur des relations amoureuses. À sa façon, un acte de résistance de la RomCom contre la culture Incel.
Une œuvre obsédante donc.