Obsession
7.2
Obsession

Film de Curry Barker (2026)

Obsession : Anatomie d'une dépossession

Le cinéma post-#MeToo a profondément redéfini l'approche de la prédation. Là où le thriller traditionnel (dont le slasher) cherchait le suspense dans la fuite ou l'affrontement, le premier film de Curry Barker, 26 ans explore une veine bien plus inconfortable : l'analyse de l'emprise masculine et la dissolution du consentement (comme dans Ex-Machina et Companion)


Réalisé avec un budget de moins d'un million de dollars et ayant rapporté plus de 400 M$ cette année, Obsession utilise ce trope classique du conte moral où un vœu se réalise à la lettre, mais pas dans l'esprit. Cela lui permet d’interroger si la personne aimée existe encore quand elle est dépossédée de son libre arbitre.


Le film frappe d'abord par un format d'image hybride en 1.50, (entre le vieux 4/3 et l’actuel 16/9). Ce cadre agit comme la prison de l’obsession, enfermant le spectateur dans la promiscuité d'un désir amoureux qui révèle ici sa nature la plus égoïste, celle qui n'envisage l'autre que comme un territoire à conquérir. Cette étude du trauma inverse habilement les rôles traditionnels masculin et féminin pour ausculter l’état de sidération du héros. Face à l’onde de choc, le personnage se fige, piégé dans cette zone grise où la capacité de réaction est annihilée par l'ascendant psychologique de l'autre. Qui est le vrai monstre du film ? La réponse est claire.


Ce thriller féministe sur les relations toxiques décortique le mécanisme de dissociation : comment l'esprit se détache du corps pour survivre à l'agression. Et le film ne cache pas cette douleur intérieure de l’héroïne.


Le dispositif cinématographique repose sur la performance étonnante de l'actrice principale. Tout en subtilité et en micro-expressions, elle insuffle à son personnage une dualité magnétique, incarnant à la fois le vecteur d'une menace sourde et le miroir d'une domination systémique.


Obsession fait le choix du thriller anatomique et démontre la force de ce cinéma libre né sur YouTube : celle de faire naître l'horreur de l'emprise au cœur des relations amoureuses. À sa façon, un acte de résistance de la RomCom contre la culture Incel.


Une œuvre obsédante donc.

Lauda
9
Écrit par

Créée

le 4 juil. 2026

Critique lue 7 fois

Lauda

Écrit par

Critique lue 7 fois

D'autres avis sur Obsession

Obsession

Obsession

5

Moizi

le 6 juil. 2026

Suivre

Appelle la police en fait...

Ok c'est pas déplaisant, les quasi deux heures passent relativement bien, mais franchement c'est beaucoup de bruit pour un film qui ne fait qu'arpenter des sentiers balisés alors qu'il avait à chaque...

Obsession

Obsession

7

Sergent_Pepper

le 16 juin 2026

Suivre

Les amants du sang neuf

L’actualité cinématographique est plus généralement occupée par les crashs en série des blockbusters dépassant les 100 millions de budget que par le phénomène, bien plus rare, d’un film comme...

Obsession

Obsession

8

Behind_the_Mask

le 15 mai 2026

Suivre

Coeur qui soupire doit se méfier de ce qu'il désire

La voilà donc la nouvelle bête horrifique, le nouveau phénomène de festival au bouche-à-oreille des plus flatteurs et à l'enthousiasme bien suspect.Le masqué, lui, s'est tout d'abord beaucoup méfié...

Du même critique

Obsession

Obsession

9

Lauda

le 4 juil. 2026

Suivre

Obsession : Anatomie d'une dépossession

Le cinéma post-#MeToo a profondément redéfini l'approche de la prédation. Là où le thriller traditionnel (dont le slasher) cherchait le suspense dans la fuite ou l'affrontement, le premier film de...

Interstellar

Interstellar

10

Lauda

le 20 oct. 2024

Suivre

Interstellar : métaphysique kubrickienne

Grand film de science-fiction sorti il y a juste 10 ans, Interstellar est aussi une œuvre qui interroge sur la nature fondamentale de la réalité.À ce titre, il s’inscrit dans la filiation de 2001,...