Retour critique cinéma pas si express que cela :
Obsession : la radiographie poisseuse d'un amour sous hypnose (ou vœu si vous préférez)
Le cinéma de genre est mal-aimé. Et pourtant d'immenses cinéastes y ont fait leurs gammes (Cronenberg, Spielberg, Dante, Lynch etc.). Mon petit doigt me dit que Curry Barker fait son entrée dans mon panthéon personnel en un film tout simplement prodigieux. Je lui souhaite une carrière aussi exemplaire que ses aînés.
Parfois, le cinéma de genre n'a pas besoin de budgets colossaux ou d'artifices numériques pour imprimer durablement la rétine.
Avec Obsession, on tient typiquement cette « petite » production qui, par son dépouillement même, parvient à une intensité rare.
C'est une œuvre qui ne cherche pas à effrayer par le spectaculaire, mais à déranger par son intimité suffocante, faisant du couple un huis clos où les sentiments deviennent des armes blanches.
Une esthétique de l'économie alliée à une distribution impeccable et où tout le casting a travaillé d'arrache-pied pour offrir cette expérience immersive et intime.
La grande force du film réside dans sa mise en scène, volontairement abrasive.
L’éclairage, souvent poisseux, presque tangible, transforme les décors les plus banals en espaces de tension oppressants.
L'image est brute, sans fard, privilégiant des cadres serrés qui isolent les personnages et soulignent l'étouffement de leur relation.
Cette économie de moyens devient un choix esthétique fort : en se concentrant sur les visages et les silences, le film force le spectateur à entrer dans la psyché torturée de ses protagonistes.
Des performances viscérales hallucinantes à commencer par l'interprète principale, Inde Navarette, dont le jeu va jusqu'à se servir de son corps dans des contorsions de gymnaste.
Le film repose entièrement sur les épaules de son duo. L’actrice principale, dont la prestation est une véritable révélation, livre une performance à fleur de peau, incarnant avec une précision chirurgicale la dépossession de soi. Elle est le miroir brisé de cette relation.
Face à elle, le compagnon, incarné par Michael Johnston, mû par ce vœu obsessionnel qu'elle finisse par l'aimer, est effrayant de justesse.
Il ne joue pas un monstre de cinéma classique, mais un homme dont la névrose, poussée à son paroxysme, transforme la quête amoureuse en une entreprise de destruction mutuelle.
Plus qu'un film d'horreur : un miroir sombre de la déliquescence d'un couple.
Obsession est un film bien plus intelligent qu'il n'y paraît au premier abord.
S'il ne manque pas de scènes atroces qui marquent durablement par leur caractère cru et dénué de complaisance, c'est surtout par sa dissection du couple qu'il fascine.
Il interroge avec une noirceur absolue :
La frontière entre l'amour et l'emprise : Jusqu'où la volonté d'être aimée peut-elle devenir une violence ?
À quel point peut-on se dissoudre pour répondre aux attentes de l'autre ?
Le scénario, implacable, s'enroule jusqu'à l'étouffement, autour de ces thématiques pour transformer le sentiment amoureux en une forme de possession occulte.
C'est un film qui ne vous lâche pas, une expérience sensorielle et intellectuelle qui confirme le statut de "pépite" à ce long-métrage.
En dépouillant le genre de ses oripeaux habituels, Obsession accède à une forme de pureté dans l'horreur.
Un futur classique, assurément, pour quiconque aime quand le cinéma de genre accepte d'être aussi cruel que la réalité des sentiments humains.
SG
06/07/2026
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