Ahlala, je m'étais juré de ne plus regarder un seul film récent... Et me voilà, à transgresser ma propre règle... Que j'ai fabriqué pour mon propre bien pourtant !
Bon sang, qu'est-ce que vous trouvez aux films d'aujourd'hui ?
C'est sobre, austère, plat. On filme un truc qui se trouve pile au milieu de la caméra et parfois, on zoome lentement. Ensuite, on cut, mais on cut seulement quand le plan a duré trop longtemps et seulement quand on doit administrer un peu de peur au spectateur en faisant un champ/contre champ rapide et on désamorce la situation juste après avec un autre plan plat.
Bon sang, qu'est-ce qu'ont les films d'aujourd'hui à être aussi plat et prévisible ?
Et je m'en fous des généralités. C'est un constat assez prégnant. Il suffit de faire une comparaison entre n'importe quel film du nouvel Hollywood et ce film pour comprendre que quelque chose pue dans le cerveau des réalisateurs. On a enterré dans l'oeuf la profondeur de champ, les travellings, les panoramiques, les couleurs, la luminosité, le cadre et je parle même pas de la diversité des plans.
Non, franchement quelque chose pue... quelque part... On a dû faire le voeu que le monde d'aujourd'hui soit plus morne et austère et... voilà ce qu'on gagne.
Un film d'horreur ni fait, ni à faire où on rumine un scénario classique jusqu'au bout, avec deux jambes cassées, un oeil en moins, alzheimer et qui tousse.
C'est un scénario classique. C'est vrai. Mais c'est pas un mauvais scénario. J'aime beaucoup ce genre d'histoires du "Careful what you wish for", j'ai beaucoup aimé l'épisode de X-Files, j'ai beaucoup aimé l'épisode de la Quatrième Dimension, j'ai beaucoup aimé l'épisode des Contes de la Crypte.
En parlant de celui-là, c'est exactement le même scénario... avec au moins, 1 heures de métrage en moins et pourtant, qui arrive à mieux explorer la thématique de l'obsession amoureuse tout en gardant une fin qui fait de l'effet.
Au tout début du film, j'ai commencé à avoir peur pour le personnage. Je me disais qu'il allait lui arriver des bricoles mais je ne savais pas à quoi ressemblerait ces bricoles, ni quand elles interviendraient. Le film d'horreur fonctionnait bien alors.
Néanmoins, c'est là où les limites de ce scénario ont commencé à poindre le bout de leurs nez. Elle est obsédée par lui et donc, ne lui fera jamais de mal. Je n'avais alors pas peur qu'il lui arrive une bricole. Mais ! Elle peut tuer d'autres personnes. Ok. Mais elle ne fera ça qu'à la fin et pour des personnages dont on a pas eu assez de caractérisation. (Je veux dire, la pauvre Sarah, j'ai rien compris à son histoire de lettre. Et pour Ian, le pauvre, tellement inexistant que le scénario va finir par abandonner l'idée qu'il pourrait être celui auquel on confie tout.) Donc, ils peuvent crever, j'en ai rien à carrer.
Le film va alors étendre le concept de l'obsession jusqu'à la toute fin avant qu'il ne se passe réellement quelque chose. La montée des insanités se fera sans trop de subtilités, et trop rapidement, tellement rapidement que le scénariste a la main sur le robinet d'eau froide pour tempérer tout ça par une scène où la normalité réapparait un peu, mais voilà, le mal est fait, ma peur est refroidie, et petit à petit, celle-ci baissera tout au long pour disparaître complètement à la fin. J'en suis même venu à rire quand la Freaky Nikki a défoncé la vitre et tabassé Sarah sur une brique (je veux dire en même temps, vous avez vu la scène ? Est-ce que vous avez vu la poupée de son qu'ils ont pris comme mannequin ? On y croit pas du tout.). Et idem pour la scène où elle tue Ian. C'est rapide, net et trop précis pour être crédible, mais vas-y, c'est trop flippant, elle tue des gens... Ouah...
Et cette montée des insanités stagnera alors car on en a trop vu en si peu de temps et pour qu'on éprouve davantage après, il faut ménager le chèvre et le chou. Des scènes où le personnage mène son enquête, cherche des moyens pour briser le sort, trouver des alliés autour de lui. Et au final, rien de tout ça. Je sais que c'est un film indépendant. Je l'ai bien compris avec la scène du chat, mal filmée, placée là comme un chien pose sa crotte, la caméra trop près pour qu'on y croit pas une seconde, le chat n'est pas mort, il est en plastique. Je l'ai compris quand la meuf s'est tabassée le crâne avec la bouteille, il n'y avait pratiquement rien sur son visage, d'où venait le sang ? Je l'ai compris avec la scène du clochard sorti de nulle part alors qu'elle a dû être filmée derrière la maison du pote qui payait les bières Lidl et qui joue un figurant dans la scène 18, je veux dire, on dirait un quartier résidentiel, vous avez déjà vu des clochards dans des quartiers résidentiels, en train de se reposer la couenne devant le porche d'une maison ? Et franchement, l'arrière du magasin ressemble exactement à l'arrière du bar, à tel point que je me suis perdu avec la spatialisation. Il serait peut-être temps de mettre des transitions, non ? Avec des plans un peu plus éloignés du sujet, non ?
Alors que Bobby Cooper essaye de trouver n'importe quel moyen pour quitter Superior sans y laisser sa peau bien que tout lui pète à la gueule et qu'à la fin l'inévitable arrive, Bear décide que si son pote a cassé son voeu, il ne pourra au grand jamais trouver quelqu'un d'autre pour le faire pour lui, même pas une mère ou un père. Non, il y a juste Ian. Pourquoi pas demander au clochard en échange d'un peu d'argent ? Et ensuite, la solution était évidente, il faut à chaque fois revenir voir la fofolle pour avoir une chance de voir une nouvelle scène de folie et non chercher tout simplement à la fuir... Je sais pas, dans une autre ville, en allant voir ses parents, peut-être ? Je fais ton boulot le scénariste... Mais voilà, le problème est là. Mister Bear est un peu teubé. Sa caractérisation de personnage est passé à la trappe. Le gars on ne comprend pas ce qu'il veut dans la vie puisqu'il ne se confie à personne dans le film. Il erre juste entre le boulot et la maison, et la fête et la maison, et le parc et la maison, et le magasin et la maison... Tout ça, avec une liberté de déplacement qui me sidère un peu... Ta copine est obsédée par toi mais elle te stalke pas ? (Une fois de plus, la peur qui baisse encore...)
Et comme dans un film tout est connecté, si tu rates le scénario, ça retombe sur le coin de la gueule des dialogues. Des dialogues où rien n'évolue, où les personnages sont bloqués sur "Elle t'a menti !" alors même que le gars a mangé un sandwich au chat, j'ai envie de dire... Merde quoi... Passez à autre chose putain.
Et la chute se termine droit dans la figure de la fin qui chute, K.O sur le coup et ne se relèvera pas. Par contre, moi, je me lève de ma chaise, je débranche mon câble HDMI du projecteur, je ramène mon pc dans ma chambre, je note le film, j'éteins mon pc, et je vais m'endormir avec une pensée en tête :
C'est quoi cette fin de merde ?
Mais c'est bon, je me rassure, mon cerveau lance dans le projecteur de mon esprit l'épisode "Un amour éternel", je me pose deux secondes, j'admire l'ironie de la situation, la mort du personnage qui m'apporte un peu plus de compassion que Bear, et la musique qui plane sur la scène du paradis... les choeurs divins, et tout... ça... ce moment... Cette scène... oui, c'est bien une obsession que je veux garder jusqu'à la fin des temps... Je vais dormir avec elle ce soir...