La fable maléfique du vœu qui se retourne contre son auteur
- J’ai bu quelques verres
- Définis "quelques"
Un jeune homme d’un tempérament introverti met la main sur un bâtonnet à craquer aux pouvoirs prodigieux, capable d’exaucer le moindre vœu. Celle dont il s’était épris de longue date s’enflamme alors pour lui en retour, avec une ardeur si dévorante qu’elle sombre bientôt dans l’obsession la plus totale.
Je suis très fâché que tu aies fait cuire le chat
I. Une filiation littéraire assumée avec maestria
C’est à la vénérable légende de la « Patte de singe » — cette fable où le souhait exaucé se mue en malédiction — que ce métrage emprunte librement sa trame, non sans y insuffler une modernité corrosive qui en renouvelle la substance. Le scénario, taillé avec une économie de moyens admirable, ne souffre d’aucune graisse superflue, d’aucune scorie dilatoire : chaque scène s’y agence avec la précision d’un mécanisme d’horlogerie funeste. Ainsi cette séquence où la jeune Nikki, figée dans une posture grotesque, se soulage à même le salon familial, incapable du moindre geste sans l’assentiment préalable de son compagnon — conséquence directe du vœu formulé par ce dernier. Il s’agit là moins d’un simple divertissement horrifique que d’une véritable parabole, aux résonances presque ésopiques.
II. Le prince charmant, ou l’anti-héros de la lâcheté ordinaire
Le protagoniste masculin, loin de l’archétype flamboyant du soupirant conquérant, se dessine comme un être gauche, friable, dépourvu de cette audace élémentaire qui eût suffi à confesser sa flamme à l’élue de son cœur. Préférant la facilité du subterfuge à la franchise du dialogue, il s’enlise dans un renoncement qui tutoie la lâcheté. On en viendrait pratiquement à s’apitoyer sur le cauchemar qu’il traverse — cauchemar dont il porte pourtant, par sa propre couardise, l’entière responsabilité, l’ayant lui-même appelé de ses vœux les plus intimes.
III. Une radiographie glaçante des rapports d’emprise
Obsession orchestre une plongée terrifiante dans les rouages de l’asservissement psychologique, offrant par ricochet une réflexion aussi pertinente qu’incisive sur les ravages d’une masculinité mal digérée au sein de nos sociétés contemporaines. Le film, sans jamais verser dans le didactisme pesant, laisse affleurer ces vérités dérangeantes avec une subtilité qui n’en rend le propos que plus tranchant.
IV. L’alliance périlleuse de l’épouvante et du grotesque
Curry Barker, réalisateur dont les origines comiques ne laissaient guère présager pareille maîtrise du glaçant, distille des touches d’un humour noir, cinglant, grinçant, qui paradoxalement accentuent le malaise ambiant plutôt que de le dissiper. Cette alchimie périlleuse entre la terreur la plus brute et la dérision la plus caustique signe l’éclosion prometteuse d’un cinéaste à suivre avec attention, autant que celle d’une comédienne appelée, sans nul doute, à un avenir radieux.
V. Inde Navarrette, ou la métamorphose vertigineuse
Il faut enfin s’incliner devant la prestation proprement magistrale d’Inde Navarrette, laquelle négocie avec une virtuosité confondante le glissement d’une jeune femme rayonnante et désinvolte vers une créature possédée, obsessionnelle, proprement effroyable. Ses traits figés comme un masque mortuaire, sa gestuelle saccadée évoquant une marionnette dont les fils lui échapperaient, ses embrasements de violence succédant à des accalmies d’un calme minéral : tout, chez elle, relève d’une composition habitée qui laisse une empreinte durable dans l’esprit du spectateur.
Arrête de me regarder dormir