Je n'ai volontairement pas écrit d'avis court pour ce film. J'ai eu trop de choses à dire, et il m'était impossible d'expliquer mon ressenti sans évoquer des éléments importants de l'histoire.
J'ai donc choisi de publier cette critique en mode spoiler. Si vous avez déjà vu le film, j'espère que vous prendrez le temps de la lire, et je serais ravi de connaître votre propre interprétation et votre avis en retour.
Il y a des films d'horreur qui cherchent à impressionner par leur budget, leurs effets spéciaux ou une succession de jumpscares. Puis il y a ceux qui comprennent que la peur naît avant tout de ce que l'on ressent. Obsession fait partie de cette seconde catégorie.
Dès les premières minutes, le film prend le temps de poser ses personnages. On comprend immédiatement le chagrin du protagoniste, les difficultés qui entourent les autres personnages, et surtout cette idée d'une jeune femme qui semble absolument formidable, belle, presque parfaite... mais inaccessible. Cette base est essentielle, car sans elle, le reste du film n'aurait jamais eu autant d'impact.
Très rapidement, j'ai été surpris par la qualité de la réalisation. Les cadrages sont réfléchis, les mouvements de caméra ne cherchent jamais à en faire trop et la bande originale accompagne parfaitement chaque émotion sans voler la vedette aux images. Rien ne semble gratuit.
Mais ce qui m'a réellement marqué, c'est le jeu des acteurs.
Inde Navarrette livre une performance que je n'attendais absolument pas. Elle ne se contente pas d'incarner une menace : elle impose un malaise permanent. Sa manière de regarder, de bouger, de parler ou parfois simplement d'être présente à l'écran suffit à créer une tension incroyable. J'ai rarement vu une actrice transmettre autant avec aussi peu.
Le protagoniste mérite lui aussi énormément de reconnaissance. Toute la détresse psychologique qu'il traverse est interprétée avec une justesse impressionnante. On ne voit pas seulement un homme qui a peur ; on voit quelqu'un qui s'effondre progressivement sous le poids de ce qu'il vit. C'est cette crédibilité qui rend l'horreur aussi efficace.
Vers les quarante-cinq minutes, le film m'a offert un des plus gros frissons que j'aie ressentis depuis Sinister. La scène où il se réveille et découvre cette présence au fond de la pièce, immobile, en train de le regarder avant d'avancer d'une façon profondément anormale, m'a glacé le sang. Je me suis surpris à envisager de remettre la fin du film au lendemain, en plein jour. Cela ne m'était plus arrivé depuis très longtemps.
Le plus impressionnant, c'est que cette sensation ne disparaît pas immédiatement. Pendant près de vingt minutes, j'ai gardé ces frissons sans réussir à m'en débarrasser. Ce n'était pas un simple sursaut provoqué par une scène, mais un véritable état de tension que le film avait réussi à installer.
C'est précisément ce qui m'a rappelé It Follows.
Comme ce dernier, Obsession construit sa peur autour d'une présence et d'un malaise permanent plutôt que sur une accumulation de scènes choc. Pourtant, là où It Follows me semblait parfois presque abstrait, Obsession m'a paru beaucoup plus proche de notre époque. Son horreur paraît plus intime, plus crédible, plus ancrée dans les émotions et les relations humaines. Elle parle davantage à notre génération.
Je n'ai qu'un seul véritable reproche à faire au film.
Une scène, en particulier, m'a sorti de l'histoire. Sans entrer dans les détails pour éviter les spoilers, un dialogue autour d'une demande d'argent casse momentanément la tension que le film avait construite avec énormément de finesse. Heureusement, ce passage reste très court et le film retrouve rapidement son équilibre. C'est d'ailleurs la seule scène qui m'a réellement dérangé.
La fin, elle, m'a beaucoup fait réfléchir.
Je l'ai trouvée satisfaisante, mais surtout profondément ambiguë.
À première vue, on pourrait y voir un sacrifice : un homme qui choisit de mourir pour libérer celle qu'il aime. Pourtant, plus j'y pense, plus j'ai l'impression que ce geste possède une part d'égoïsme.
À ce moment-là de l'histoire, il est complètement détruit. Il porte une culpabilité immense, tente de cacher les conséquences de ses actes et aime une femme qui n'est plus vraiment elle-même, comme si son amour avait été déformé jusqu'à devenir une obsession maladive, presque une figure yandere au sens japonais du terme.
Surtout, tout commence avec son propre vœu.
Il n'est pas uniquement victime d'une malédiction : il est aussi celui qui a ouvert la porte. Son désir est le point de départ de toute cette tragédie. Dès lors, son dernier geste peut être interprété de deux façons. Est-ce un véritable sacrifice pour sauver celle qu'il aime ? Ou est-ce aussi une manière d'échapper à l'enfer que son propre désir a créé ?
J'aime énormément cette ambiguïté, parce que le film refuse de donner une réponse simple.
Au final, Obsession m'a rappelé pourquoi j'aime autant le cinéma d'horreur. Non pas lorsqu'il cherche uniquement à faire sursauter, mais lorsqu'il réussit à installer une peur durable, presque physique. Cela faisait très longtemps qu'un film ne m'avait pas fait ressentir un tel malaise. Je crois sincèrement que je n'avais pas eu aussi peur devant une œuvre depuis Sinister.
Une réalisation inspirée, des acteurs d'une justesse remarquable, une bande originale parfaitement choisie et une ambiance qui ne m'a jamais quitté pendant le visionnage.
Malgré un léger faux pas au milieu du récit, Obsession est devenu l'une de mes plus belles surprises de ces dernières années et, sans aucun doute, un film que je n'oublierai pas de sitôt.