Aujourd’hui dans cette critique il sera question du film Obsession réalisé par Curry Barker, un très jeune réalisateur qui est à peine dans la vingtaine et qui fait avec ce premier film, on va le dire tout de suite, une entrée fracassante dans le monde de l’horreur.
Ce qui nous rappelle au passage que c’est souvent dans ce genre de film qu’on trouve les nouvelles pépites du cinéma. Le genre de l’horreur a toujours été porteur de grands réalisateurs, parce que c’est sans doute le genre le plus facile à faire avec peu de moyens.
Et surtout c’est un genre qui nécessite beaucoup d’idées et de la vraie mise en scène donc parfait pour faire émerger des talents.Revenons au film.
Quel est le pitch du film ? Et bien c’est pas compliqué : un jeune garçon qui apparemment vient de perdre sa grand-mère il y a quelques temps et son chat juste au début du film qui s’appelle Bear, et fou amoureux d’une fille qui s’appelle Nikki. Il ne sait pas si c’est réciproque donc un jour après avoir acheté dans un magasin de babioles un petit objet qui soit disant accomplit des vœux et bien il fait le vœu qu’elle tombe amoureuse de lui et qu’elle l’aime plus que n’importe quoi sur cette planète.
Le souci c’est que le vœu se réalise et que ça a des conséquences directes puisque le comportement de Nikki change diamétralement au moment où le vœu est exaucé.
Le titre du film dit tout : elle crée une véritable obsession pour lui, une obsession meurtrière.
Avec un résumé comme ça tu peux faire une comédie, tu peux faire un drame, mais surtout tu peux faire un sacré bon film d’horreur et c’est le cas de ce film.
Parce que sa principale force c’est que le changement de comportement du personnage de Nikki est tellement imprévisible qu’à chaque scène, même quand elle n’est pas là, tu ne sais jamais comment la scène va se finir.
Tu peux être en plein milieu d’une scène relativement romantique entre les deux personnages et en une fraction de seconde la scène bascule instantanément, on change d’atmosphère tout de suite.
Et c’est ça pendant tout le film, c’est ce qui le rend si addictif, c’est ce qui le rend si fascinant.C’est extrêmement rare de trouver un concept qui te donne autant de puissance dans comment créer une scène et surtout comment garder le spectateur accroché à son siège à tout moment.
Dans les films d’horreur traditionnels, des films de hantise ou des films juste de tueur en série, sans la scène d’horreur arrivée et tu sais généralement que ça arrive vers la fin du film.
Et tu ne te dis jamais « tiens là par exemple dans cette scène de discussion le méchant va arriver et va tuer un des deux personnages ». Tu sais généralement que c’est un moment de répit et tu es tranquille.
Dans Obsession il n’y a aucun moment de répit. Autre exemple très concret : la scène du Tupperware c’est juste une scène de dialogue entre deux personnages et aucun de ces deux personnages n’est Nikki, donc là tu te dis ok ça va être une scène de discussion on va relâcher la tension.
Sauf que non parce que encore une fois même quand elle n’est pas là elle influence la scène parce que tu vas te rendre compte que cette simple discussion autour d’un repas va prendre une tournure extrêmement dégueulasse.
Quand le personnage de Bear va juste découvrir que Nikki lui a fait un sandwich avec son chat mort.
Et en fait tu pourrais résumer tout le film comme ça parce que chaque scène est comme ça, et forcément si même des scènes où le personnage qui crée la tension est absent sont déjà des scènes de tension alors imagine quand le personnage est présent et qu’on sait qu’à tout moment elle peut partir en live.
Et c’est typiquement le cœur de deux scènes.
La scène du dîner et la scène de la soi-disant soirée entre mecs.
Tu sais très bien qu’à chaque dialogue, à chaque mouvement le personnage peut faire une dinguerie.
Donc tu es tendu comme un string pendant l’intégralité de ces scènes et elles durent 10 minutes chacune.
Et j’ai envie de dire en fait tu es sur les nerfs pendant presque 1 h 40 de film sur les 1 h 50.
Parce qu’à partir du moment où il a fait le vœu tu ne peux plus respirer.
Donc ça déjà c’est une très grande force du film, c’est la plus grande force du film.
Le film brille aussi par autre chose : sa mise en scène qui pourtant ne fait rien de révolutionnaire mais elle fait tout très bien.
Elle arrive à créer une atmosphère extrêmement facilement juste avec des jeux d’ombre.
Il doit y avoir quoi 4/5 décors à tout casser durant tout le film, et le travail sur l’éclairage dans chacun de ces lieux est poussé au maximum surtout la maison du protagoniste.
On va pas se mentir il n’existe aucune maison qui est éclairée comme ça sinon ça serait un film d’horreur constamment.
Mais ça permet de jouer dans les ombres et il y a cette faculté de mettre le personnage de Nikki seule dans l’ombre qui est assez remarquable.
Parfois c’est la scène entière qui est dans l’ombre et parfois il n’y a que elle qui est dans l’ombre.
La première fois où elle retourne chez le personnage principal et qu’elle est à sa porte il y a des lumières dans l’appartement, il y a des lumières à l’extérieur de l’appartement donc normalement les lumières devraient la toucher c’est obligatoire.
Pourtant absolument tout son visage est noir, la seule pointe de couleur qu’on voit ce sont ses yeux, les légères taches de blanc qu’on voit dans ses yeux et ça donne un effet vraiment impressionnant.Bien entendu il y a aussi le jeu sur le hors-champ. Parfois tu entends le personnage hurler ou faire quelque chose sans le voir, donc tu angoisses autant que le personnage parce que tu te dis mais qu’est-ce qu’elle va encore faire l’autre.
Parfois c’est un peu abusé genre la scène de la porte scotchée, à quel moment il a pas entendu la meuf commencer à faire ça.
Mais par exemple la première vraie nuit de tension quand le personnage pète pour la première fois un plomb et qu’elle commence à hurler elle commence hors champ.
Et la façon de jouer avec le son dans ce moment surtout quand tu regardes le film avec un casque ça t’arrache la gueule.
Et puis enfin le personnage arrive dans le champ, se met à côté du personnage principal et comme tu ne sais pas ce qui lui arrive ce moment de silence qui suit il est fabuleux pour être à nouveau coupé par un moment de pure frayeur et un peu de comédie.
Le film joue aussi sur quelque chose qui est assez à la mode en ce moment c’est les auto-mutilations non voulues.
Alors oui dit comme ça c’est un peu antinomique puisque une auto-mutilation de base bah c’est toi-même qui l’as faite.
Sauf que là on parle d’auto-mutilation sur un corps qui est possédé.
On avait déjà eu ça dans le très très bon Bring Her Back l’an dernier où cette fois c’était carrément via un enfant qu’on avait ça.
Et forcément ça touche quelque chose en nous parce qu’on se place très facilement à la place du personnage on se dit putain imagine si nous-même on perd possession de notre corps et qu’on voit qu’on fait des trucs à notre propre corps.
C’est ça la force du film c’est qu’il joue sur des trucs universels : la peur du noir, la peur de quelque chose qu’on ne voit pas, la peur du changement, et la peur de perdre le contrôle.
Pour en venir aux thématiques et forcément bah le film parle de relations toxiques, c’en est l’allégorie principale, mais plus que ça il parle surtout de dépendance affective et bien entendu on ne peut pas ignorer le fait que vu que le personnage de Nikki n’est pas elle-même le film parle bien entendu de viol et du fait d’user de son autorité sur une personne faible.
Et pour autant je n’arrive pas à détester le personnage principal parce que mine de rien lui-même il est attachant et il n’a pas de mauvaise volonté.
Déjà le vœu il ne le fait pas de façon perverse et d’ailleurs il le fait sans même y croire.
Il est réellement attaché à la fille et le gars vraiment sa vie… il est seul.
Mais le plus tragique c’est que finalement ce mec il est aussi aveugle à sa propre vie et à ceux qui l’entourent.
Il ne remarque pas que son autre collègue a des sentiments pour lui.
Il ne remarque pas que son soi-disant meilleur ami fait tout pour le tenir le plus bas que terre juste parce que lui-même est amoureux de la même fille.
Et surtout au début il ne remarque même pas que c’est à cause de lui que Nikki a autant changé, et quand il remarque c’est là que le personnage devient beaucoup plus questionnable.
Parce que la première fois où il comprend que ce n’est pas la vraie qui est dans ce corps la première scène qu’on voit juste après cette révélation et bien il est justement en train de lui faire l’amour il est littéralement en train de la violer.
Est-ce que ça en fait un film idéologique ? Non c’est juste un film qui aborde les aspects les plus sombres de ce que peut être l’amour.Le désir d’amour.
Et puis bien entendu il faut parler des comédiens. Inde Navarrette est une vraie révélation, elle est incroyable dans le film elle arrive à avoir une palette de jeu assez monstrueuse. Je vous parlais de l’imprévisibilité de chaque scène plus haut parfois tout se fait sur un sourire sur une expression faciale.
Cette scène où juste elle le regarde et elle sourit bizarrement il y a quelque chose d’inquiétant pourtant elle a juste bougé son visage.
En même temps avec quelque chose de tellement attachant et c’est le but du personnage c’est que finalement on ne s’inquiète pas trop pour le protagoniste mais on s’inquiète pour elle parce que bah c’est elle la victime.
C’est elle qui est mutilée et c’est elle qui fait toutes les dingueries et à la fin c’est elle qui va devoir en subir toutes les conséquences.
Parce que à la fin du film et ben elle a juste tué toutes les personnes qui la connaissaient.
Seule personne qui savait pourquoi elle est comme ça.
Alors techniquement elle ne tue pas le protagoniste il se tue tout seul.
Mais voilà le dernier plan du film c’est elle qui reprend conscience et qui voit juste les conséquences de ce qu’un autre a fait à sa place et ses cris sont bouleversants.
Non vraiment ce film est un quasi sans faute il y a peut-être juste tout ce qui tourne autour du vœu qui est un peu facile je dirais.
Le fait qu’on ne sache rien n’est pas un problème, mais le fait que le personnage les utilise mal à chaque fois c’est vraiment pour forcer le film à aller jusqu’au bout.
Parce que concrètement rien n’empêche d’aller juste demander à un inconnu de faire ce qu’il dit lui et de en gros annuler son vœu.
Et aussi en parallèle j’aime bien l’idée juste avant la fin cette idée très brève que le personnage de Nikki encore possédé et elle-même fait un vœu identique à celui que le protagoniste a fait pour elle.
Ce bref instant où lui-même est sous possession et que finalement les deux s’accordent c’est très bref ça dure même pas quelques secondes mais je trouve l’idée vraiment très cool.
Parce que ça donne un autre aspect aussi à ce personnage un peu surnaturel : est-ce qu’elle était vraiment totalement une entité qui répondait aux vœux ou est-ce que avec le temps elle a elle-même créé une personnalité.
Un moment elle dit je ne serai jamais elle mais si c’est une entité fantastique ça ne devrait pas être compliqué normalement.
Mais c’est à ce moment-là que j’ai eu l’impression que finalement cette entité avait elle-même une conscience propre elle n’était pas que le fruit du vœu.
Et donc quand elle fait le vœu elle-même à la fin elle le fait par propre conscience et pour son bonheur à elle alors que normalement elle devrait être totalement au service du bonheur de l’autre.
Et c’est ça aussi qui rend cette entité assez attachante aussi parce qu’elle est arrivée dans ce monde avec une mission et au début elle l’a remplie c’est très bien et au moment où justement l’autre commence à s’éloigner tout son être n’avait plus de sens.
Et c’est à partir de ce moment-là qu’elle commence vraiment à faire des trucs hardcore.
Donc oui je le conseille ce film il mérite son succès c’est un film qui a même pas coûté un million et il est en train d’en rapporter au final 450 millions.
Il était en face d’un film Star Wars il l’a défoncé.
Il y a un film DC Comics qui va probablement faire 4 fois moins au box-office.
Ce film est d’ores et déjà le film le plus rentable de l’histoire du cinéma.
Et surtout il trouve une chose : les gens ont envie de quelque chose de frais, d’innovant et surtout de qualité.
Ce film est instantanément culte on peut déjà le dire en fait.
Il mérite ça, il mérite ce statut qu’il est en train d’avoir.
Donc si vous pouvez le voir faites-le c’est vraiment excellent et pour ceux qui ont peur du gore par exemple c’est pas un film dans ce registre. C’est vraiment de l’horreur psychologique en grande partie.
Même si il y a une mort un peu visuelle.
Merci d’avoir lu.