Plusieurs personnes m'ont recommandé de regarder Obsession, dont certaines appuyaient fortement le fait que ça les avait vraiment "mis mal". Ayant été martelé de communication autour du film et étant vaguement au courant des thématiques qu'il traitait, il m'a semblé normal que ce film puisse laisser une forte impression aux gens de mon entourage. Étant de la Gen Z, ce genre de thématiques et de peurs à propos des relations toxiques sont au cœur de nos vies et de nos discussions, en ligne comme en personne, et, bien racontées, avaient le potentiel de vraiment me terrifier. Qu'allais-je y voir ? Ce film allait-il, à moi aussi, me faire ressentir tous ces sentiments terrifiants du réel, qui sont toujours traités de manière différente par les œuvres culturelles en comparaison à la façon dont ma génération les traite et les comprend ?


Au final, non. Je n'ai pas vu en quoi le film était nouveau dans sa façon de traiter le sujet contrairement à ce que son pitch laissait supposer, ce sur quoi je l'attendais le plus à titre personnel.


Je vais donc commencer par ce qui m'a plu :


L'image était belle. J'en vois beaucoup qui dénoncent le champ-contrechamp, les cadrages systématiques et l'absence de visuels marquants. Et oui, je l'admets, mais maintenant j'aimerais partager mon ressenti sur la façon dont j'ai interprété ces images : leur simplicité est leur force. Certains vont lever les yeux au ciel, mais je pense vraiment que c'est un atout pour ce film de vouloir s'ancrer dans le banal. C'est le décalage dans l'anodin qui aurait pu créer le malaise que je recherchais tant. C'est cette comédie romantique teintée de subtiles preuves de crimes qui m'aurait plu. J'ai apprécié la répétition de certains motifs, l'usage du flou, le focus sur l'expressivité de Bear (qui m'a fait rire de nombreuses fois). J'ai aimé les mille manières de représenter le visage et les expressions de Nikki (tantôt on a l'impression de voir un fantôme, tantôt une véritable statue de cire du musée Grévin, et même si l'actrice y est pour beaucoup, l'éclairage et la couleur apportent également un grand soutien). Pour le coup, avoir pour une fois un film d'horreur qui se vend (ou qui est vendu) comme "elevated" sans donner l'impression de voir une démonstration technique, c'était rafraîchissant. Les rom-coms à la noix ne m'intéressent pas, mais si tu reprends leurs codes pour raconter une histoire tordue, ça me plaît.


Le jeu d'acteur. Je l'ai trouvé très bon, comme mentionné précédemment, en particulier Nikki. Ses expressions, même les plus clichés, ont réussi à réveiller une petite angoisse en moi, quelques rires nerveux. L'impression de déjà-vu ternit le projet de tout son long, mais il n'en demeure pas moins que cela restait, dans le cas du second rôle, une performance que j'ai su apprécier.


Maintenant, revenons là où j'attendais le film et où il m'a laissé tomber. Je n'aime pas du tout la façon dont le concept ou le sujet est pris et interprété. C'était trop vite "too much", en gros.

Les premiers moments de tension sont super, je trouve. Depuis notre place de spectateur, on ressent immédiatement le changement dans le comportement de Nikki, et c'est juste assez étrange mais crédible pour mettre parfaitement mal à l'aise.


Qu'est-ce qui aurait pu faire regretter son choix à Bear, outre les réveils et les attaques de panique de Nikki ? Le fait d'observer la perte douce et progressive de ce qu'elle est ? La culpabilité de savoir que de tout cela, il est le seul responsable ? J'aime beaucoup la phrase que dit un personnage au téléphone à Bear : "Elle n'a plus que toi maintenant, tu dois être là pour elle." Rien que ce concept est terrifiant ; sans lui, elle sera malheureuse. Bear a voulu quelque chose que personne ne devrait vouloir.


Eh bien, très vite, et même déjà avant ce moment, le film adopte un discours bien plus grotesque. Une série d'événements plus traumatisants les uns que les autres qui ont juste pour effet de détourner le regard du côté terrifiant du vœu, au profit du terrifiant d'actions absurdement horrifiques et hors de propos.


Je pourrais sûrement trouver 20 avis qui m'expliqueront pourquoi Nikki fait ceci ou cela, qu'elle interprète ce qu'elle pense être bien pour Bear mais, dans quelle mesure ce vœu implique-t-il de cuisiner le chat de Bear quand, même pas deux jours avant, ce dernier avait exprimé sa gêne devant le mémorial ? Oui, c'est horrifique, mais non, ce n'est plus le sujet.


Ces nombreux événements absurdes font que, passé un cap et relativement tôt dans le film, je n'ai plus peur de l'amour de Nikki ni de la relation entre Nikki et Bear : j'ai juste peur du DÉMON qui se tient dans le lit de Bear à ses côtés. Ce n'est plus de l'obsession, c'est L'Exorciste (dont le film fait de nombreuses références d'ailleurs, donc c'est clairement voulu). Mais je me dis que c'est dommage d'avoir fait changer la peur de camp.


Trop de fois, on nous montre Bear comme sachant raisonner plus de deux secondes et se rendre compte de la situation désastreuse dans laquelle il est, et trop de fois ce personnage est réécrit comme si de rien n'était. J'espérais vers la fin du film que Bear serait réticent à agir par culpabilité, tiraillé entre les différentes façons de mettre fin au cauchemar, qui chacune à leur manière impliqueraient une fin bien tragique. Au lieu de cela, aucune réelle action ni réflexion n'est posée pour ce personnage. On ne sait pas s'il hésite, s'il est décidé ou s'il a tout juste oublié ce qu'on vient de lui dire. L'absence de toute forme d'action de ce personnage ne fait pas de lui un individu qui n'arrive pas à choisir ou à agir, mais fait de lui, en l'état, un personnage qui ne se pose pas (et jamais) les mêmes questions que le spectateur (à qui le film était censé faire vivre cette espèce de relation toxique démesurée).

Il est déconnecté des propres problématiques que posent ses choix et est juste constamment présenté comme un chiot apeuré devant les pirouettes de sa nouvelle copine.


Je n'aime pas le virage horrifique du film. J'en reconnais l'efficacité, mais au-delà du postulat de base, je ne vois pas en quoi l'horreur de ce film est pertinente quant à son sujet. Je n'aime pas la façon dont le film nous donne des pistes de "solutions au problème".

La possibilité de faire faire un "contre-vœu" à quelqu'un ? Allô, mais la solution est toute trouvée ! Encore plus si personne n'y croit. Avec un peu de temps et de méthode, Bear pourrait résoudre la situation, rattraper les erreurs et les morts, et même rectifier le tir de son premier vœu pour lancer un meilleur film d'horreur qui se baserait sur sa nouvelle relation "saine".

Ces mêmes solutions qui sont balayées d'un revers de la main, présentées comme vaines ou perdues quand elles ne le sont clairement pas.

J'aurais préféré que Bear réussisse à faire des contre-vœux, qu'il répare tout et, justement, qu'il obtienne sa fin souhaitée. Mais que ce petit grain de sable dans l'engrenage des horreurs qu'il a vécues, et son caractère d'homme qui déjà ne semble pas hyper confiant en lui-même et triste, ne lui causent que des peines. Que la Nikki qui vit avec lui ne soit plus la même, pas parce qu'elle lui fait bouffer son chat ou assassine ses potes, mais juste parce qu'elle ne parle plus de ce qu'elle aime. Qu'elle semble triste dès qu'il part. Et que, même si elle l'accepte par amour, Bear ressente que sans lui, elle ne vit plus.


Il y a plein de choses à aimer dans ce film, vraiment, mais c'est dommage que le film d'horreur supposé parler à ma génération n'y arrive que dans son pitch.



Marouflard
6
Écrit par

Créée

le 31 juil. 2026

Critique lue 6 fois

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