241ème film de l'année : Obsession — Curry Barker
Le fameux, la claque mondiale du cinéma de genre de cette année.
Comme à mon habitude, j'attends toujours que la hype passe pour découvrir à tête reposée ses films à hype.
La grande question : vaut-il tout ce bruit ou pas ?
« No no no, don’t do that. I thought we were having a nice date. »
C'est toujours particulier d'aborder un film de cette envergure, un si petit film (de par son budget, l'expérience de son réalisateur et du cast), mais un tel phénomène est difficile à aborder, pour ne pas passer pour le connard de puriste qui souhaite ruiner le bonheur des gens, pour jouer le différent.
C'est pas mon cas, ça ne l'a jamais été et ça ne le sera jamais : Obsession est un vrai bon film, un très bon film même.
Obsession a quelques grandes qualités qui s'en dégagent clairement, et quelques défauts.
Tout d'abord, Inde Navarrette est incroyable dedans et j'en suis le premier étonné.
Sa performance est exceptionnelle, mais pour différentes raisons, mais c'est ça justement qui est génial.
Ayant vu de nombreuses vidéos et interviews d'elle ces derniers mois avant de voir ce film, ce qui me saute aux yeux, c'est son naturel face à la caméra.
Je ne vais pas dire qu'elle ne joue pas, elle joue très bien, mais elle oscille entre un bon jeu et un naturel, une carte blanche, une direction d'acteur qui a sûrement dû lui dire : « amuse-toi ». Elle est tout simplement elle-même et c'est ça que je trouve génial.
Je suis curieux de voir ses prochains projets, pour voir jusqu'où elle ira, les limites de son jeu ou alors la révélation d'une grande actrice ?
Le film est à l'image de son actrice, il oscille entre comédie (qui désamorce tout le temps les scènes de tension et de drame, c'est même la signature du métrage pour moi), drame, tensions et tous les codes du cinéma de genre.
Elle est géniale, mais très différente de ce que l'on a l'habitude de voir.
Une performance qui mériterait de voir peut-être le bout de l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle ? faisant suite à la performance d'Amy Madigan dans évanouis.
L'acteur principal (Michael Johnston) est très bon, très juste, mais se fait voler la vedette par Inde Navarrette qui est tout simplement hypnotisante.
L'autre grosse qualité du métrage est sa musique : tout bonnement géniale.
Beaucoup de synthétiseurs qui permettent de rendre les scènes de tension pesantes.
Par moments, certains plans accompagnés de leur musique ont une ambiance très Silent Hill (SPOIL : après la mort de Sarah, Bear est dans sa voiture en lisant la lettre de Sarah... et pas de Mary. Entouré de brouillard et accompagné d'une musique oppressante), un des bons moments de mise en scène dans le film.
Scénaristiquement, c'est très classique, trop classique peut-être ? Comme un goût de Smile, Action ou vérité, I Wish – Faites un vœu (voir même de The Voices, avec Ryan Reynolds, qui lui aussi joue au naturel... sauf que lui joue tellement au naturel qu'il ne sait plus jouer que son propre rôle)…
Bref, un film qui, au premier abord, ne sort pas son épingle du jeu, mais sa deuxième partie se veut un peu plus originale et permet de conclure un film avec des limites, mais fort généreux.
En termes de mise en scène, ça a ses limites, mais ça propose quand même pas mal de bonnes petites choses :
* l'idée d'assombrir partiellement / d'avoir un étalonnage contrasté sur la silhouette du personnage de Nikky pour la lier à l'ambiance obscure ;
* les deux acteurs (Bear et Nikky) et leur osmose ;
* la musique apporte énormément à l'ambiance du métrage.
La scène où Nikky raconte son histoire d'Hansel et Gretel m'a d'ailleurs beaucoup intrigué : cette histoire de frère et sœur dont la relation devient incestueuse fait directement écho à celle de Bear et Nikky, puisque leur relation était à l'origine presque fraternelle avant que le vœu ne vienne la pervertir.
Avant le vœu, on apprend qu'elle le considérait comme son petit frère.
Le vœu détruira cette relation et viendra la pervertir, montrant une Nikky en totale opposition avec la Nikky originelle (qu'on pourra vite observer au fur et à mesure du métrage et de l'évolution du personnage).
Ça ajoute quelque chose au film qui a par ailleurs un ton parfois très poétique, une poésie qui a sa grande place dans le métrage, à l'image du personnage d'Inde Navarrette qui souhaite écrire des livres à la base.
La scène où Bear rencontre Ian avant la fin du film illustre les limites de la mise en scène : « plan-séquence » pendant leur dialogue, Bear sort et Ian hurle pour qu'il revienne s'expliquer, un « plan-séquence » qui ne propose rien visuellement, une table, une petite lumière en haut à droite, et après avoir montré le bâton de vœux, ça part sur un champ/contrechamp.
Pourquoi un plan aussi long sans pour autant proposer quelque chose ?
Mais c'est aussi les limites du budget, peut-être aussi de l'expérience du réalisateur ?
Curry Barker mérite néanmoins tout le respect du monde et démontre que pour faire des films, bah t'as juste besoin d'un truc qui filme.
Je voyais en Obsession le The Substance de 2026, mais j'ai vu trop grand.
Obsession n'en reste pas moins un très bon film, très poétique, drôle, pesant, opressant et dramatique, démontrant qu'il n'est jamais bon de forcer le destin, mais aussi que le consentement... c'est important.
7.5/10