Il va falloir beaucoup d’ouverture d’esprit pour accepter et comprendre toutes les aventures qui me sont arrivées depuis hier matin. À 11 ans, on ne devrait pas avoir à vivre autant d’événements traumatiques, et j’ai bien cru à certains moments qu’un dieu vengeur s’était saisi de la destinée de notre famille, qui ne demandait pourtant rien à personne.
Tout commençait pourtant si bien ! Papa et maman nous ont emmenés dans un hôtel paradisiaque, où on pouvait prendre des cocktails à volonté, et où le neveu du patron est venu s’incruster par qu’il n’a pas d’amis. Bon, on n’a rien dit quand une cliente a fait une crise d’épilepsie et qu’une bimbo a saoulé tout le monde avec ses apports en calcium, parce qu’il y a toujours des relous dans les groupes. Avec mon frère Trent, on a par contre un peu moins rigolé quand on a constaté que l’hôtel, tout luxueux qu’il soit, a des cloisons assez fines entre les chambres, et que papa et maman s’engueulaient. Comme si, derrière ce soleil et ces palmiers se cachaient plein de drames. C’est un peu frissonnant.
Tout est parti en cacahuète quand ils nous emmenés sur cette plage. Papa, qui est actuaire, arrêtait pas de faire des statistiques pour dire que les choses étaient inhabituelles, maman faisait la gueule, la bimbo des selfies et l’épileptique, comme elle est psy, voulait qu’on fasse des groupes de parole.
Quand les gens nous ont regardés avec effroi et que j’ai senti que mon bikini me serrait beaucoup, on a compris que quelque chose clochait. Ils ont tous beaucoup parlé autour, racontaient souvent n’importe quoi, et on se faisait pas mal chier avec mon frère. Tous les quarts d’heure, y’avait quelqu’un qui déboulait d’un endroit qu’on savait pas qu’on pouvait pas voir pour révéler des choses dont on n’avait pas grand-chose à foutre. Parfois, on restait plantés devant l’eau pendant que les adultes discutaient, d’autres, on disparaissait une demie heure sans que ça dérange personne. Pour dire, Trent, qui a 6 ans, a quand même eu le temps de faire un gosse avec la fille de la bimbo, qui en a 4 je crois, mais bon, précocité, hypersexualisation, time lapse des hormones et permissivité estivales expliquent sans doute les choses.
(Spoils à prévoir)
Bon, ben faut prendre les choses avec philosophie apparemment : une heure équivaut ici à deux années. Les parents vieillissent plutôt bien, puisqu’on a opéré maman de sa tumeur qui grossissait à vue d’œil, que papa a pardonné maman de l’avoir trompé parce qu’il a fini par oublier le problème. Même quand il est devenu aveugle et elle sourde, ils ont pu se coordonner contre le chirurgien psychopathe qui a vraiment niqué l’ambiance avec son couteau et ses yeux révulsés.
Après, la routine : les gens mourraient les uns après les autres en voulant quitter la plage, décidemment bien gardée par des trucs invisibles qui font s’évanouir. Comme c’était lassant de les voir se noyer ou simplement tomber de la falaise, ils se sont un peu organisés pour des festivités plus fun, comme du Tétanos en speed dating ou des membres à angle droit, mais je dois avouer que ça nous a laissé un peu de marbre. L’escape game s’est terminé avec une lettre codée par un gamin de 6 ans, c’est vous dire le niveau d’exigence.
Je ne sais pas si c’est parce que j’ai 50 ans et que j’ai désormais une maturité et une lucidité décuplées, mais toute cette connerie me laisse très dubitative. Le mec qui nous a emmené dans son van et nous observait depuis la falaise a eu l’air de trouver ça fun, et ses explications finales foireuses pourraient avoir valeur de mobile. Pour ma part, j’espère juste avec mon frère que ce connard ne nous retrouvera jamais ; je le vois bien capable d’imaginer une suite à nos aventures, et un pique-nique en Ehpad, ça m’a suffi.
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