Jusqu’où peut aller une oeuvre dans sa recherche d’authenticité ? C’est la question que pose Ouistreham, adaptation du Quai de Ouistreham, où une journaliste s’est fait passé pour une des “plus démunis”, vivre parmi eux et essayer de connaître leur précarité. Dans le film, l’intention de l’auteure, certes louable, questionne la tendance qu’a le cinéma français à s’intéresser à des personnes pauvres, pour que le public “se rende compte” de ce que d’autres vivent.
Le dernier long-métrage d’Emmanuel Carrère peine justement à faire ressentir ce que ces pauvres femmes de ménages vivent au quotidien. Plusieurs fois le travail est décrit comme un “enfer”, on les voit mettre les mains dans des toilettes sales, soumises à la constante pression de leurs supérieurs qui entretiennent le mythe de l’ascenseur social. Mais jamais on ne ressent vraiment cet état de fatigue sur la journaliste déguisée, ce qui fait que le film passe à côté de son intention initiale, bien que louable.