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Je ne sais pas trop comment classer ce film, ni même trop comment en parler.
Lorsque Passengers a été annoncé, j’ai ressenti un mélange de curiosité fébrile et d’inquiétude profonde. Il m’avait semblé comprendre – à tort ou à raison – qu’il s’agissait d’une adaptation libre de la merveilleuse nouvelle de Philip K. Dick, Le Voyage Gelé. Une œuvre qui, parmi l’ensemble de ses textes (je les ai tous lus), m’a sans doute le plus durablement marqué.
Ce mélange d’espoir et d’appréhension venait donc de deux éléments : d’une part, le film semblait puiser dans l’une des nouvelles les plus puissantes et existentielles de Dick. D’autre part, chacun sait combien les adaptations de ses écrits sont périlleuses, tant il est difficile de transposer à l’écran ses thèmes fétiches : subjectivité du réel, porosité entre réalité et illusion, confusion identitaire, vertige de la conscience.
Dans Le Voyage Gelé, l’histoire est statique, intérieure, angoissante : un homme est coincé dans une cellule de cryogénisation, paralysé physiquement mais toujours conscient. Il dialogue avec l’IA du vaisseau qui tente tant bien que mal de maintenir son esprit en équilibre. Il ne s’agit pas d’un récit d’action, ni même d’un drame romantique. C’est une réflexion glaçante sur la réalité, sur l’identité, sur les limites de la perception. Sommes-nous encore réels, ou juste en train de vivre une simulation injectée par l’IA pour nous empêcher de sombrer dans la folie ?
Un thème vertigineux, profondément dickien — et j'entends bien qu'il soit difficile à adapter dans le cadre d’un film hollywoodien formaté. Ce genre de questionnement existentiel, intime et philosophique, résiste naturellement à la logique spectaculaire du cinéma grand public, qui préfère les arcs narratifs clairs, les enjeux émotionnels immédiats, et les résolutions nettes.
Mais alors, pourquoi s’inspirer d’un matériau aussi exigeant pour en faire une romance spatiale tiède ? Pourquoi convoquer l’héritage d’un auteur comme Dick pour n’en garder que la coquille, et jeter toute la substance ?
Car de ce thème si central, il ne reste quasiment rien dans le film de Morten Tyldum, sinon l’accroche de départ : "Oh non ! une capsule cryogénique est défectueuse !". Le film ne s’empare jamais sérieusement des implications métaphysiques de cette situation.
Dès lors, comment faire une critique sérieuse de ce Passengers ?
Il faudrait sans doute faire abstraction de sa source d’inspiration et considérer qu’il s’agit d’une œuvre indépendante, qui n’a (officiellement) rien à voir avec Dick. Mais c’est difficile, car le point de départ est tellement copié sur Le Voyage Gelé que l’ombre de la nouvelle plane sur tout le film.
Que reste-t-il donc ?
Un blockbuster aseptisé, calibré pour plaire au plus grand nombre. Une romance spatiale vaguement mélodramatique, portée par un duo glamour (Chris Pratt en pleine ascension post-Guardians of the Galaxy, Jennifer Lawrence en héroïne un peu sacrifiée sur l’autel du scénario). Le tout est convenu, prévisible, sans audace. Pas mauvais, mais jamais marquant. À la rigueur un film à voir un soir d’hiver, en famille, avec des adolescents amateurs de SF grand public teintée d’action et de romance.
Mais pour qui espérait un film fidèle à l'esprit de Philip K. Dick, le réveil est rude.
Créée
le 19 mai 2025
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