Au début des années 1910, un médecin sauve de la noyade un petit garçon qu'importunait son père, en train de pêcher. La mère va être séduite par cet homme, l'antithèse de son époux, au point qu'ils vont avoir une liaison et projettent de fuir ensemble. Mais elle a si peur de briser sa famille, car elle voit que malgré tout, son mari aime son fils, qu'elle choisit de rester, tout en gardant un secret de famille qui va éclore 25 ans plus tard.
J'ai eu le lointain souvenir d'avoir lu Pierre et Jean au collège, et cette histoire familiale dramatique avait une grande force, que le film d'André Cayatte conserve ici. En particulier grâce à la force d'interprétation des acteurs, en particulier Renée Saint et Noël Roquevert, ainsi que Jacques Dumesnil, le fameux docteur, d'une grande classe avec sa petite moustache. Il y a tout un travail formidable sur la mise en scène, où les scènes de ginguette font penser à du Renoir, ainsi que, et c'est plus surprenant, sur le vieillissement non seulement avec le maquillage mais aussi sur les voix, les postures, qui sont crédibles. Mais Pierre et Jean, comme son nom l'indique, est aussi l'histoire de ces deux frères, qui semblent se regarder en chien de faïence, surtout le premier joué par Gilbert Gil, qui va être le premier à découvrir la vérité sur Jean, au point que, sans faire imploser la cellule familiale, il va choisir de se retirer sur la pointe des pieds, notamment lors d'une confrontation avec sa mère, Renée Saint-Cyr donc, que je trouve magnifique.
Le film est assez méconnu dans la carrière d'André Cayatte, c'était le troisième de sa carrière et alors qu'il était sous contrat avec la Continental, très loin de ses envies de justice. Là, c'est une adaptation de Maupassant vraiment puissante, très courte d'ailleurs (70 minutes), et avec des comédiens formidables.