Il arrive sur la pointe des pieds mais on nous la fait pas. Sur l'affiche, il y a bien marqué Prix du Scénario dans la section Un certain Regard (Cannes 2025). Une comédie romantique dans le milieu gay S.M ? C'est un peu vite résumé mais tout de même. D'un coup d'un seul, Harry Lighton signe son premier film, trouve le high-concept et repart avec une jolie statuette dorée. Et c'est mérité, disons-le tout de suite. Mais attention, ce n'est pas le genre de films qui va vous faire rire à gorge déployée. À contrario de son sujet bien rentre-dedans, Pillion joue la finesse et ne se laisse jamais aller à la vulgarité. Ce qui est déjà un exploit en soi, les pièges étant nombreux. Lighton fait montre du même esprit que ce soit lors d'un repas en famille mordant où pendant des scènes érotiques pour le moins sauvages. Ôtez les chaines et les sorties en plein air culs-nus, c'est une histoire d'amour. Sur un mode qu'on a pour ainsi dire jamais vu au cinéma, et traité avec la délicatesse nécessaire pour nous accrocher. Ce qui donne lieu à un réel amusement dans les rapports domination/soumission entre Colin et Ray, en particulier dans la première partie du film. Pillion avance discrètement pour mieux saisir le langage en train de s'établir, et force est de constater que tout est limpide. Le jeu subtil de Harry Melling rend particulièrement touchant son personnage d'amoureux introverti, tandis que le charisme minéral d'Alexander Skarsgård est idéal pour incarner ce monolithe qui finit pourtant par être entamé. Une vraie curiosité et assurément l'un de ceux qui vont faire l'année 2026. Puisqu'après tout, il avait déjà fait 2025.