Quand se présente à nous une comédie dramatique, interdite aux moins de 16 ans et prenant place dans le milieu des bikers gays adeptes de BDSM, autant dire qu’on peut s’attendre au pire. Notamment à un divertissement qui se veut trash, n’ayant pas peur d’être « bourrin » dans ses propos pour amuser la galerie. Surtout avec un comédien tel qu’Alexander Skarsgård dans le rôle du motard, un choix qui peut s’avérer cliché comme ce n’est pas permis – le bonhomme ayant un physique bien saillant et un incontestable charisme. Mais il ne faut pas oublier le fait que Pillion soit un film britannique. Et dans la majeure partie des cas, les comédies anglaises ne sont pas des propositions faisant du grotesque au risque d’être insultantes. Mais qui sont là pour proposer un concept ou une intrigue, l’aborder avec légèreté et en tirer ce qu’il y a de plus humain, de plus beau. Quand le long-métrage débute son récit, on s’amuse de la différence de personnalité et de stature entre Harry Melling et Alexander Skarsgård – le film jouant à fond là-dessus. Tout comme il se délecte de balancer le personnage de Melling, point de repère du spectateur, dans un milieu dont il ignore les tenants et aboutissants. De le voir se confronter, tout timide et introverti qu’il est, à une relation à base de domination et d’humiliation. Face à un amant qui semble le considérer comme un moins que rien. N’y allant clairement pas avec le dos de la cuillère, le titre risque de surprendre. Que ce soit par son parti pris de nous lâcher ainsi dans la fosse ou de nous présenter des séquences très crues. Mais derrière cette façade se cache en réalité un film romantique d’une infinie justesse. Car la force de Pillion n’est pas de faire rire de la situation, mais de montrer cette relation telle qu’elle est. À savoir une relation comme n’importe qu’elle autre. Harry Lighton filme cette histoire qui peut à première vue s’avérer toxique mais qui n’est en réalité qu’une manière différente de consommer une liaison, à base de fantasme, de codes et, mine de rien, de bienveillance. Car si le personnage de Melling se fait humilier, c’est parce qu’il le veut bien. C’est son propre choix, il y consent. Et le film montre à plusieurs reprises que celui de Skarsgård, bien que mutique et brute de pomme, se présente comme une personne attentionnée, respectueuse et sensible. Dans Pillion, c’est ainsi qu’il faut voir le BDSM, comme nous devons voir la relation entre deux personnes du même sexe : une normalité. Et ainsi, vous découvrirez un film qui parvient à faire preuve de tendresse et de poésie le temps de ses moments de pause. Pouvant compter sur la prestation sans faille de ses deux acteurs. Et qui raconte aussi bien une histoire d’amour que l’émancipation d’un homme renfermé sur lui-même. Une belle découverte !