Encore un choc d'enfance. Comprendre que le Bien et le Mal ne sont pas si éloigné l'un de l'autre. Que les héros peuvent être des salauds et que l'inverse se vérifie également.
Ce film de guerre, se déroulant pendant celle du Vietnam, sonde les âmes de ses personnages principaux en même temps que celles de son audience.
Oliver Stone se sert de son expérience personnelle pour raconter l'histoire de ces soldats. Envoyés à des kilomètres de chez eux pour livrer une guerre à laquelle ils ne sont pas préparés, ces jeunes hommes, issus pour beaucoup des couches très inférieures de la société, prirent en pleine face le fracas de la fin du rêve américain. En pleine guerre froide, voilà les boys servant de chair à canon au nom d'une démocratie, qui n'hésita pas à les sacrifier sur l'autel de la liberté. Gendarme du monde auto-proclamé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les States vont subir là une cuisante défaite militaire, politique et vivront même une crise patriotique sans précédent pour cette nation, tant l'enlisement du conflit et son final désastreux plongeront le moral de la population américaine dans les chaussettes de l'oncle Sam.
Chris Taylor (C. Sheen, plutôt bon) débarque au pays de Victor Charlie en qualité de volontaire. Idéaliste et persuadé du bien fondé de sa mission, il va vite déchanter.
D'abord dans son quotidien, rempli de tâches absurdes et répétitives dont il ne saisit pas toujours le but, s'il y en a un à comprendre. L'ennemi, présent dans les têtes et dans les bouches, reste invisible, insaisissable. L'ennui guette.
Puis, lorsque le combat éclate enfin, c'est toute l'horreur et l'absurdité de la guerre qui fracasse sa naïveté et son sens moral.
La section dans laquelle il évolue se scinde vite en deux groupes bien distincts. D'un côté les pros Sergent Elias (Willem Dafoe excellent), baroudeur aguerri luttant pour conserver une once d'humanité dans cet enfer, et de l'autre côté, les pros Barnes (Tom Bérenger époustouflant, peut-être le rôle de sa vie), l'autre sergent, véritable machine de guerre, que toutes les campagnes vécues ont irrémédiablement déshumanisé.
L'affrontement entre ses deux militaires culminera dans une longue séquence difficile où nos soldats, entre peur, désir de vengeance et pétage de plomb ravageront un village en abattant nombre d'habitants, en incendiant les maisons et en se livrant à toutes sortes d'exactions plus ignobles les unes que les autres.
Le grand final, une bataille nocturne, montrera encore l'absurdité de certaines décisions, et le désir de ces troufions de fuir cet enfer.
C'est Chris lui-même qui tirera les derniers coups de feu, rendant la une justice que les circonstances bafouent à chaque instant en temps de guerre.
L'insert de l'affiche prend alors tout son sens : l'innocence est la première victime de la guerre.
Oliver Stone sert son propos avec une mise en scène éclairée et éclairante. Même les scènes nocturnes restent lisibles la plupart du temps et la photo en diurne est magnifique.
Veritable traumatisme dans la psyché américaine, la guerre du Vietnam donnera nombre films de qualité variable mais Platoon, avec Full Métal Jacket et Hamburger Hill, est pour moi l'un des meilleurs à traiter de la guerre, et de celle-ci en particulier.
Chef-d'œuvre !