Platoon est un film de premières. Premier gros succès pour Oliver Stone (qui remportera l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur), premier grand film pour Charlie Sheen (le second suivra dans la foulée avec Wall Street, toujous d'Oliver Stone), premier grand film pour le légendaire Willem Dafoe, et même un des premiers petits rôles de Johnny Depp... Par contre, ce n'est clairement pas le premier film sur la guerre du Vietnam.
Certes, les poncifs sur la guerre du Vietnam sont là : la violence (physique et verbale), la boue, les bombardements, les attaques cruelles, les crimes de guerre, la hiérarchie défectueuse, et même les tensions sociales dans l'armée américaine. Charlie Sheen joue ainsi un jeune engagé volontaire (Taylor) qui perdra vite toute illusion sur le bien-fondé de la guerre au fur et à mesure des escarmouches dans la jungle et des conflits internes. Pourtant, le film vaut le détour. Pour l'esthétique déjà, avec une photographie magnifique, centrée sur la jungle infinie et les corps meurtris des soldats. Pour la musique ensuite, avec le sublime Adagio pour cordes de Samuel Barber (sisi, vous connaissez) judicieusement placé aux moments charnière. On ne m'enlèvera d'ailleurs pas la conviction que le parallèle musical entre le début du film et l'introduction d'Apocalypse Now (avec les Doors) est volontaire, comme pour rendre tout ce qui suivra plus solennel. Surtout pour l'intérêt principal intérêt du film que sont les deux figures paternelles pour Taylor. Deux sergents aussi charismatiques, courageux et talentueux l'un que l'autre, mais que tout le reste oppose. Le sergent Barnes (Tom Berenger), avec ses yeux bleus et ses balafres, règne par la terreur et sa foi en la victoire. Le sergent Elias (Willem Dafoe), véritable félin, est bien plus désabusé, humain et fumeur de weed.
Dirigés par un jeune lieutenant sans aucune autorité, les tensions entre eux deux amèneront à un combat bien réel, à la suite de crimes de guerre sur des civils commis par Barnes lui-même, puis à l'exécution pure et simple d'Elias par Barnes. Je regrette tout de même la scène de la mort d'Elias, figure christique (et Willem Dafoe jouera d'ailleurs, juste après, Jésus dans La Dernière Tentation du Christ de Scorsese), trop forcée et scénarisée. Mais les deux sont loin de la caricature. Tout désabusé qu'il est, Elias n'hésite pas à tuer le moindre soldat vietnamien qu'il rencontre et participe courageusement à la guerre. Tout fanatique qu'il est, Barnes cherche à protéger ses soldats et hésite de longues secondes avant de tuer Elias. Ce crime le hantera d'ailleurs, dans la scène de confrontation avec Taylor où il apparaît ivre, puis lorsqu'il acceptera finalement son sort.
A la fin du film, Taylor, lucide, sait que ses deux figures paternelles, et les drames qui les entourent, le suivront toute la vie. C'est un peu vrai pour le spectateur du film aussi, tant ces deux personnages, particulièrement bien construits et loin de toute caricature, marquent les mémoires.