J'ai revu Playtime et, franchement, je suis partagé. On m'avait tant parlé de ce "chef-d'œuvre titanesque", de la démesure des décors de Tativille, de sa critique de la modernité... Et je reconnais que, formellement, c'est éblouissant. L'utilisation du format 70 mm, la profondeur de champ, ces dizaines de gags qui se déroulent simultanément, cachés dans un coin de l'image... C'est un travail d'orfèvre, d'une ambition folle. Le passage de la soirée dans le restaurant "Royal Garden" est un moment de cinéma presque chorégraphique, plein de poésie et de chaos contrôlé. J'admire la patience et la vision qu'il a fallu pour créer un tel ballet urbain.
- Mais (et c'est un gros "mais" pour moi), l'ensemble me laisse une impression de froideur. Je me suis souvent senti spectateur d'une machinerie géniale, mais sans être véritablement touché. Les personnages sont des silhouettes, des motifs dans la grande composition, et même M. Hulot, habituellement mon guide, est presque un prétexte visuel. L'humour, bien que subtil et intelligent, se dilue parfois dans l'immensité du cadre. J'ai souri, oui, mais rarement ri franchement.
Et c'est là que le bât blesse : malheureusement concernant ce film, Tati fait du Tati. Il pousse à son paroxysme sa formule des gags visuels sans narration, de l'observation sociologique ironique, et de la déshumanisation par l'architecture. Ceux qui aiment cela adoreront, mais personnellement, j'ai trouvé qu'il manquait l'âme, la petite étincelle simple et humaine qu'on pouvait trouver dans Mon Oncle ou même Les Vacances de Monsieur Hulot. Le film est une prouesse technique et esthétique, mais il me manque une connexion émotionnelle. 6/10, donc : une note d'admiration pour la forme, mais de déception pour le fond personnel.