Première transposition sur grand écran du roman de Patricia Highsmith intitulé "Monsieur Ripley" (il y en aura d'autres...), "Plein soleil" demeure dans les esprits un film mythique à bien des égards, de la révélation d'Alain Delon à la célébration de la dolce vita à l'italienne, pour une élite de jeunes gens fortunés et oïsifs (aujourd'hui, on parlerait de jet set).
On apprécie d'abord le duo ambigu composé des frères siamois Delon et Maurice Ronet, et leur étrange ressemblance physique : le premier dans le registre du jeune loup né pauvre mais maladivement ambitieux, le second dans celui de l'aristocrate distingué et nonchalant, provocateur et condescendant.
Le fossé social qui les sépare, en dépit des apparences, est très bien rendu par le jeu des comédiens et par la mise en scène de René Clément, remarquable du début à la fin. L'occasion de souligner la très belle photo de Henri Decaë, qui souligne les superbes couleurs méditerranéennes, ainsi que la partition ironique et décalée de Nino Rota, qui épice régulièrement le récit.
Après un premier tiers introductif en mode vacances et nautisme, le film devient un thriller hitchcockien, où chaque geste, chaque déplacement peut devenir décisif et trahir le tricheur. Au contraire, celui-ci semble avoir toutes les audaces, et bénéficier d'un destin favorable...
jusqu'au tout dernier plan ou presque, et cette voile noire qui se lève sur la Méditerranée.
Je retiendrais quand même quelques défauts plus ou moins mineurs, qui empêchent à mon sens "Plein Soleil" d'atteindre les sommets.
Le plus gênant tient à son rythme languide, celui de la dolce vita j'en conviens, mais cette cohérence n'empêche pas certaines longueurs, d'autant que Clément a choisi de conserver quelques aspects du roman qui paraissent sans lien avec l'histoire principale (je pense à ce ballet mené par Elvire Popesco, convaincante au demeurant dans ses quelques apparitions).
D'autre part, je n'ai guère été ébloui par la première apparition au cinéma de Marie Laforêt, qui ne se hisse pas à la hauteur du casting masculin, ni en terme de beauté ni en terme de talent.
Il n'en reste pas moins que "Plein soleil" s'avère une jolie réussite, un des rares exemple de thrillers français de cette tempe à l'époque, porté par l'interprétation de Delon et Ronet, et par la mécanique de précision imaginée par Highsmith, brillamment relayée par René Clément, qui signe plusieurs morceaux de bravoure (sur le bateau notamment).