Anne Fontaine continue à être une réalisatrice déconcertante et inégale, capable du meilleur (Les innocentes, Nettoyage à sec) comme du moins bon. Police possède un vrai beau sujet de départ (la reconduite à l'aéroport d'un sans papiers vers le Tadjikistan) avec le cas de conscience de trois flics chargés d'une besogne qu'ils ne goûtent guère. Mais le sort du réfugié ne sert à Anne Fontaine qu'à interroger la fonction de policiers, perdus dans des tourments intimes qui ont un peu à voir avec leur métier mais aussi à leur vie privée, pour le moins insatisfaisante. Que le film soit davantage une étude psychologique qu'un thriller n'est pas un défaut mais la lourdeur de son traitement en est bel bien un. La chape de plomb est permanents, dans une ambiance nocturne et tendue au sein de l'habitacle de la voiture de police et on finit par apprécire les silences plutôt que les dialogues (faibles) ou les quelques flashbacks d'un intérêt discutable. Ce n'est pas drôle d'être policier aujourd'hui, personne ne discute cette évidence mais Anne Fontaine n'en donne qu'une vision parcellaire à compléter avec le Police de Pialat ou Polisse de Maïwen, par exemple. Le côté humaniste des personnages et leur comportement vis-à-vis de l'homme condamné à l'expulsion sont sujets à caution et posent la question de la vraisemblance de leurs actes. Et que sous l'uniforme il y ait un cœur qui bat et des sentiments, ma foi, ce n'est pas une révélation, non ? Rien ne peut être reproché au trio d'acteurs, Grégory Gadebois, Omar Sy et Virginie Efira mais ils ont tous été bien meilleurs auparavant et ils ne peuvent sauver le film d'une certaine grisaille et d'une langueur monotone.